03 février 2005
La femme Européenne (Partie 3)
La femme chez les peuples du désert
On
connaît la distinction, éclairante, qu’établit Ernest Renan entre les religions
du désert et les religions de la forêt. Qui dit religion dit peuple, car la
religion est l’expression, dans le champ du sacré, de l’âme, du psychisme d’un
peuple. Autrement dit, cet historiens des religions, doublé d’un distingué
linguiste, qu’était Renan définissait, à travers le critère religieux, un
critère ethnique, à savoir des conceptions du monde incompatibles car fondées
sur des valeurs trop opposées les unes aux autres pour pouvoir se rencontrer et
se fondre. L’incompatibilité entre civilisations trop différentes- symbolisée
par le contraste, spectaculaire et polymorphe, entre désert et forêt- est
source de choc et se traduit dans tous les domaines de la vie des sociétés.
Mais elle s’exprime avec une force emblématique dans certains secteurs
particulièrement sensibles de l’organisation sociale. La place de la femme en
fait partie.
Il est
révélateur, à cet égard, de comparer la conception de la femme qu’ont les
peuples de la forêt, dont font partie, entre autres, les Indo-Européens, et
celle qui prévaut chez les peuples du désert, dont font partie, entre autres,
les Sémites. C’est à l’univers mental de ces derniers que nous allons nous
attacher, en y cherchant l’image de la femme qu’il propose.
La femme dans
Commençons
par le commencement. La conception de la femme, est en effet dans les sociétés
et religions monothéistes toutes nées au désert, étroitement déterminée par le
message biblique. C’est le cas, évidemment, pour le premier en date des
monothéismes, né au sein du peuple hébreu et d’ailleurs élément constitutif
déterminant de ce peuple, mais aussi pour les deux autres monothéismes, le
chrétien et le musulman, dont la matrice est biblique même si ils ont pris leur
autonomie au fil du temps (On sait que Mahomet fut très influencé par le
judaïsme et le christianisme dans la période fondatrice de sa prédication.
Quant au christianisme, il fut d’abord un judéo-christianisme avant d’évoluer
sous l’influencer de l’helleno-christianisme). Le cas du christianisme est
cependant particulier car, malgré son origine sémitique, il a été profondément
marqué par sa nécessaire adaptation aux mentalités européennes- gage de sa
réussite historique. C’est pourquoi nous concentrons notre attention sur le
monde juif et le monde musulman.
Toutes les
vérités étant contenues dans
Iahvé après
avoir créé l’homme au sixième jour de la création, « prit une de ses
côtes et enferma de la chair à sa place. Il bâtit en femme la côte qu’il avait
donc prise de l’homme » (Genèse, II, 21-22). Donc la femme est seconde
par rapport à l’homme, elle lui est donc naturellement subordonnée- c’est
d’ailleurs l’homme qui donne son nom à d’Eve à la femme, alors que lui-même a
reçu le sien, Adam, de Dieu, et le don du nom est un acte de possession. Puis
arrive l’épisode décisif : au cœur du jardin d’Eden (le paradis) la femme,
inspirée, tentée par le serpent, pousse l’homme à braver et enfreindre
l’interdit fixé par Iahvé au premier homme ; « Tu pourras manger
de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance
du bonheur et du malheur car, du jour où tu en mangeras, tu devras
mourir » (Genèse, II, 15)
La
motivation d’Eve est intéressante à noter : « La femme vit que
l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec
clairvoyance ». C’est donc la capacité de jugement, de décision- donc
d’affranchissement- qui paraît intéressante à la femme… et que Iahvé ne veut
pas laisser à la disposition de l’être humain qui, devenant libre et capable de
définir lui-même le bien et le mal, échappe à Dieu… et se fait son égal. Iahvé
punit donc l’homme et la femme, en les chassant du paradis, car plus encore que
l’infraction à sa Loi, il craint que l’être humain devienne immortel -
privilège de Dieu – en mangeant d’un autre fruit : «Maintenant qu’il ne
tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de la vie, en manger et vivre à
jamais ! » (Genèse, III, 22).
Eve, la
tentatrice ayant elle-même cédé au tentateur, est donc chargée de la
responsabilité à l’égard de l’humanité, qui doit désormais payer pour la
pécheresse et porter à jamais le poids du péché originel, germe de mort. Les
Juifs sont catégoriques : « C’est par la femme qu’a commencé le
péché. C’est à cause d’elle que nous mourons tous » (Ecclésiastique, XXV,
24). Le juif Saul de Tarse devenu le chrétien Paul ne dira pas autre chose.
Comme le résume Jean-Paul Roux, « après ces mots tout est dit, le reste
n’est que broutille ».
La bible
faisant peser dès le départ une telle charge de culpabilité sur la femme, il
est normal que son sort soi peu enviable. Ainsi la polygamie est-elle admise.
Les souverains hébreux possèdent d’ailleurs d’immenses harems et on ne voit pas
d’inconvénients à ce que Salomon, célébré pour sa sagesse, ait sept cents épouses
et trois cents concubines (Iahvé lui reprochant seulement d’en prendre
certaines parmi des races étrangères…) ( I, Rois, XI,3).
Certes, est
rappelé l’interdiction de prostituer sa fille (ce qui prouve que ce rappel est
nécessaire…) Mais la femme adultère est punie de mort et la fille venant au
mariage alors qu’elle n’est plus vierge sera lapidée. La répudiation de
l’épouse se fait selon le seul bon plaisir de l’homme (Deutéronome, XXIV, 1-2).
Et si l’impureté frappe la mère pendant quarante jours après la naissance d’un
garçon, il faut huitante jours pour la naissance d’une fille (Lévitique, XII,
2-5).
La
misogynie des textes bibliques est affirmée sans nuances : « Toute
malice est petite auprès de la malice des femmes ». Ou
encore : « Je trouve plus amère que la mort la femme, parce
qu’elle est un traquenard, que son cœur est un piège et que ses bras sont des
liens. » (Ecclésiaste, VII, 26)
Les
enseignements bibliques ont perpétué, au fil des siècles, une image de la femme
que l’on retrouve aujourd’hui chez les juifs orthodoxes, que ce soit en Israël
ou dans la diaspora. Les rabbins réglementent strictement la vie sexuelle. Chez
les plus rigoristes – par exemple au sein du mouvement loubavitch, héritier
d’une des plus importantes écoles de pensées du hassidisme – la femme est
frappée d’impureté onze jours par mois (les quatre jours des règles, plus la
semaine qui suit). Il est alors hors de question qu’il y ait le moindre contact
entre elle et son mari : on ne se passe pas d’objet de la main à la main,
on ne s’assoit pas sur le même fauteuil. Si un tel rigorisme est affirmé avec
force chez les plus intransigeants, l’ensemble de la communauté juive, à
travers le monde, reste cependant imbibé par les préceptes qui viennent du plus
lointain passé du peuple hébreu.
En fait la
fascination – répulsion des Sémites à l’égard de la femme crée une mentalité
obsessionnelle, qu’on retrouve chez les arabes. Pour des raisons évidentes,
selon Jean-Paul Roux : « Parce que les Arabes, chez qui l’Islam est
né, sont des Sémites, comme les Hébreux, parce que leur livre sacré, le Coran,
est truffé de réminiscences bibliques plus ou moins altérées ou, comme ils
disent, corrigées, et parce que, comme les juifs, ils refusent l’incarnation et
la trinité divine, ils sont plus directement que les chrétiens les héritiers du
judaïsme, ils en demeurent plus proches ».

La femme dans l’Islam
Contrairement
à l’hagiographie musulmane, qui veut faire du prophète Mahomet un bienfaiteur
de la condition féminine, par rapport à ce qui se passait dans la société arabe
préislamique, les sources historiques révèlent que nombre de femmes bédouines
n’ont pas apprécié son action et son message, lui manifestant du coup une forte
hostilité. Certaines d’entres elles ont même suscité des révoltes, ce qu’elles ont
souvent payé de leur vie, de façon atroce. Ainsi Ibn Ishaq, repris et transmis
par le célèbre historien Tabari, raconte comment Umm al-Quirfa et sa fille
Salma furent écartelés entre deux chameaux, par ordre d’un Mahomet vindicatif
et d’autant plus haineux que ce fussent des femmes qui aient osé le défier,
l’humiliant ainsi devant ses partisans.
Dès la mise
en place des premières sociétés musulmanes s’affirme le rigorisme de
prescriptions qui ont pour but d’encadrer strictement la vie quotidienne du croyant.
C’est « l’étourdissant réseau de prescriptions tissé par la
charia » qui contrôle les
rapports intimes entre hommes et femmes, car « la doctrine musulmane
qui prétend régir toute la vie du croyant au moyen d’une minutieuse législation
(pour partie tributaire du Talmud), codifie également le cadre, la portée, les
modalités et les conséquences de l’acte sexuel légalement considéré dans le
mariage et hors mariage ». Or il est évident que toute la vie sexuelle
des individus est dominée par « le mur que l’Islam traditionnel
érige entre les sexes ».
Les
consignes données aux musulmans par le Coran (VIIe siècle) ou les hadith
(paroles et actes du Prophète, rédigés au XIe siècle) sont sans ambiguité
concernant « le statut très inférieur de la femme en terre d’Islam que
l’on ne peut guère nier sauf par romantisme culturel ou flagornerie ».
Le Coran affirme en effet clairement que la femme, créée par Dieu inférieure à
l’homme, doit le rester et respecter ainsi la volonté divine. La femme étant
impure, l’homme doit s’en écarter (pour s’en protéger) à l’occasion de tout
acte de nature religieuse (prières quotidienne, présence à la mosquée). La
polygamie est licite, Mahomet ayant d’ailleurs donné l’exemple en prenant 9
femmes.
Le mariage
est conçu comme un contrat mettant à la disposition de l’homme un objet sexuel
destiné à satisfaire ses pulsions, à son gré, le point de vue de la future
épouse, n’ayant d’ailleurs aucune importance, puisqu’il n’est nul besoin de la
consulter. Celle qui serait réticente peut être soumise au djahr (droit de
contrainte matrimoniale, qui permet de soumettre l’intéressée par tous les
moyens).Elle peut être répudié à tout moment (Bible et Coran à cet égard sont
bien d’accord).
L’univers
masculin et l’univers féminin sont totalement séparés, étanches : « L’existence
de deux sociétés parallèles, isolées, sans passerelles de l’une à l’autre
hormis celle de la sexualité, est l’un des caractères fondamentaux du monde
musulman ».
Si le Coran
spécifie qu’une musulmane ne doit pas épouser un non-musulman, le musulman ne
peut épouser une « idolâtre », c'est-à-dire une païenne (une femme
qui n’est ni musulmane, ni juive, ni chrétienne). Il ne peut non plus épouser
une femme déjà mariée… sauf si c’est une captive de guerre (Coran, V, 22). Quant
aux femmes soupçonnées d’infidélité, le remède est simple : «Battez-les »
(Coran, IV, 34) (dans le meilleur des cas, car dans de nombreux pays,
ajourd’hui encore, la lapidation est de règle… malgré les déclarations
lénifiantes des autorités locales, qui nient une pratique pourtant avérée).
On peut
épouser une fille dès l’âge de 9 ans (c’est à cet âge que le Prophète a défloré
Aïcha). La femme a tout à redouter du temps qui passe : en effet si
l’homme est censé se bonifier au fur et à mesure qu’il avance dans l’âge, le
processus est exactement l’inverse chez la femme…
La
diffusion de l’Islam par les Arabes chez les peuples qu’ils ont conquis
s’est-elle traduite par un abaissement de la condition féminine ? La
réponse doit être nuancée selon les peuples. Certains conservent, malgré
l’islam, une vision de la femme qui lui reconnaît sa dignité. C’est le cas chez
les Berbères, qui furent d’ailleurs guidés pendant de nombreuses années, lors
des guerres de résistance contre les conquérants arabes, par une femme,
Par contre
chez les Turcs, ralliés tardivement à l’Islam, la misogynie est évidente. Nizam
al-mulk, grand vizir des Seldjoukides au XIe siècle, ne mâche pas ses
mots : « Il faut pour qu’une entreprise ait un heureux résultat
faire le contraire de ce que disent les femmes ». Au XVe siècle, au
Caire, les théologiens rendent responsable d’une épidémie de peste… les femmes
qui osent se promener dans les rues.
Les jeunes musulmanes vivant dans les pays européens sont souvent tentées de s’émanciper d’une tutelle trop pesante en espérant, grâce à des études suffisamment poussées, obtenir les moyens d’une indépendance financière par le biais d’une activité professionnelle. Et à partir de là, une liberté de vie. Mais à ce modèle d’émancipation s’oppose un modèle de soumission, celui de la fille voilée, qui affirme le plus souvent faire ce choix par conviction religieuse et respect des traditions familiales. Mais combien le font par crainte de représailles ? L’exemple de ces filles des « cités » égorgées ou brûlées vives pour « inconduite » par des gardiens autoproclamés de la morale (souvent des parents) doit en réfléchir plus d’une…

05 janvier 2005
La femme Européenne (Partie 2)
La femme Européenne d'hier à aujourd'hui !
En
contraste saisissant par rapport au statut reconnu à la femme dans les
société de l'Europe, le christianisme apporte, en s'implantant sur le
sol européen, à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen-âge, la
vision fidèlement héritée de
C'est
dans les Epitres de Paul qu'on voit le plus clairement le rappel du
rôle assigné à la femme, entièrement basé sur la soumission. Portant,
on le sait, Paul a beaucoup fait pour ouvrir au christianisme les voies
du monde non-juif, le monde des Gentils, afin de donner à sa religion
une vocation universelle. Mais Paul n'en reste pas moins marqué par ses
origines et il « n'est qu'un juif qui vit en milieu juif, qui
se veut efficace et sait bien que l'on accorde peu de foi à ce que
disent les femmes ». Il est donc catégorique, dans les
messages de direction morale qu'il adresse aux communautés chrétiennes
avec lesquelles il est en contact : « Que vos femmes se
dans les assemblées, car elles n'ont pas mission de parler, mais
qu'elles soient soumises comme le dit aussi la loi. » (I Corinthiens, XIV, 34-35). La femme, donc, « doit se tenir dans le silence » et porter un voile, symbole de soumission, car « la femme ayant été tirée de l'homme, doit avoir sur sa tête un signe de sujétion » (I Corinthiens, XI, 4-10). Jean-Paul Roux rappelle la signification d'une telle obligation : « Dans
l'Antiquité, avoir la tête couverte était le propre des esclaves et les
juifs priaient en mettant un calot sur leur tête, comme ils le font
encore et comme font les musulmans, parce qu'ils étaient esclaves de
Dieu, alors que les Grecs priaient tête nue. Affranchis par le Christ,
devenus fils de Dieu, les chrétiens n'avaient plus à se couvrir, mais
les femmes le devaient ». On sait qu'il n'y a encore pas si
longtemps il eût été impensable qu'une femme pénétrât dans une église
tête nue (« en cheveux », comme on disait avec mépris)…
Ajoutons
pour compléter le tableau paulinien, l'exaltation de la virginité (qui
restera une constante dans le christianisme), la sexualité étant tout
de même admise, mais comme un mal inévitable vue la faiblesse humaine (« Si vous brûlez, mariez-vous »).

La femme au cœur de la culture Européenne
Pourtant
bien des femmes, dans la société romaine agonisante, ont été séduites
par le message consolateur du christianisme, qui offrait une
échappatoire à un monde trop dur. Et les chrétiens pour recruter de
nouveaux adeptes, ont utilisés les femmes comme cheval de Troie, afin
de pénétrer la société païenne et en prendre le contrôle. Avec, certes,
quelques questions épineuses qui surgissent : si les femmes sont
si habiles pour diffuser le christianisme, n'est-il pas normal de
conférer à certaine la prêtrise, voir l'épiscopat- les Païens ayant
bien, eux, des prêtresses? Montan et ses disciples- parmi lesquels des
prophétesses, qui accompagnaient le maître- en sont de chauds
partisans. Mais ils sont dénoncés et pourchassés comme déviationnistes
par une Eglise catholique qui bâtit en grande partie son autorité sur
l'exclusion de ceux qu'elle condamne avec l'épithète infamante et
périlleuse d' « hérétiques ».
Mais
la femme, faute d'être prêtre, peut-elle être épouse du prêtre ?
Après bien des tergiversations l'Eglise catholique répondit par la
négative (à la différence de l'Eglise orthodoxe et des Eglises
réformées). Mais cet interdit fut, dans bien des cas, violé, plus ou
moins ouvertement.
Car
le christianisme a dû composer et accepter la conception européenne de
la femme, si contraire a une misogynie congénitale au
judéo-christianisme et
qu'essayent d'entretenir certains ecclésiastiques : Saint-Ambroise
affirme que le péché originel se transmet par l'acte d'amour, saint
Augustin devenu évêque se méfie tant des femmes qu'il ne veut parler à
aucunes d'elles (« le désir des voluptés charnelles me tenait étroitement enchaîné »
assure-t-il en se souvenant de sa jeunesse), quant à l'abbé Odon de
Cluny, au Xe siècle, qui reprend à son compte saint Jean de
Chrysotome(IVe-Ve siècles), il décrit la femme comme un « sac de
fiente »…
Ces aberrations sont la version extrême de la méfiance de principe à l'égard de la femme, que

D'abord
au plus haut niveau social, celui des princesses et des reines qui
exercent, très naturellement, sur leur royal époux une influence qui
peut-être parfois déterminante. L'exemple le plus magistral est fourni
par cette Clotilde, burgonde et catholique, qui amène Clovis, son roi
franc- et païen- de mari à adopter « la vraie foi »… ce qui
lui procure le soutien de l'influent épiscopat gallo-romain pour
imposer sa tutelle à ses rivaux, rois Germaniques comme lui mais qui
ont le grand tort, du point de vue catholique, d'être ariens,
c'est-à-dire hérétiques. La propre mère de Clovis, la belle Basine,
fille du roi des Thuringiens, avait d'ailleurs démontré la grande
liberté d'initiative des femmes germaniques en quittant son premier
mari pour aller épouser, de l'autre côté du Rhin, un autre prince qui
lui plaisait davantage… Quant à Ingonde, épouse franque du roi des
Wisigoths, elle ramena à l'orthodoxie catholique son époux arien et ce
travail d'agent recruteur fut initié par d'autres princesses
téléguidées par leur directeur de conscience (rôle tenu par l'évêque de
Reims, Rémi, auprès de Clotilde).
La
beauté de la femme, chantée par les troubadours dans la douceur de
vivre occitane, est célébrée aussi, en terre celtique, par la tradition
arthurienne, au centre de laquelle la femme celte devient fée :
Viviane est inséparable de Merlin l'enchanteur. Le Graal, l'antique
chaudron du breuvage d'immortalité, cette coupe sacrée emplie du
porteur de vie, le sang n'est-il pas la traduction symbolique de
l'utérus ? Dans son Parzifal, dont le message ésotérique
va à l'essentiel, Wolfram von Eschenbach ne tremble pas en écrivant que
le combat pour la protection de la femme est prioritaire, de façon
absolue, même par rapport à la défense de Dieu. Que voilà donc un
propos bien hérétique… mais qui a enchanté ses auditeurs- et auditrice-
de l'aristocratie européenne.
Comme il savait le faire, Michelet a tout dit en quelques mots : dans l'Europe du Moyen âge, « la femme règne dans le ciel, elle règne sur la terre ». André Le Chapelain, dans son Traité de l'amour (début
XIIe siècle) écrit sans hésiter que les femmes sont « l'origine et
la cause de tout bien ». On est loin d'Eve complice du diable…
Prêtresse
de l'amour, la femme médiévale vient nous dire, avec Iseult, que la
force de l'amour défie la mort et en est victorieuse. Poétesse, Marie
de France fait de l'amour l'axe et l'âme de son œuvre. Quant à Dante,
la puissance des yeux de Béatrice est telle qu'il y voit meilleur moyen
d'accéder à Dieu !
Dieu
n'intervient-il pas, d'ailleurs, par le bras armé d'une femme pour que
renaisse l'espoir, aux jours les plus sombres ? C'est tout le sens
de la mission de Jeanne d'Arc, que chante Christine de Pisan : « L'an mil quatre cent vingt neuf, reprit à luire le soleil ».
Plus
discrètes mais tout aussi agissantes, ces femmes de paysans de l'Europe
médiévale que l'on voit, dans les actes de vente ou d'achats de terre-
et aussi dans les testaments- donner expressément leur accord pour
toute décision mettant en jeu le patrimoine familial. La femme,
gardienne du foyer, est, au sens plein. La maîtresse de maison et
veille sur les intérêts de la lignée.

Il
ne faut cependant pas idéaliser : à la fin du Moyen âge ceux qui
diabolisent la femme n'ont pas désarmé et un inquisiteur dominicain
affirme : « Son aspect est beau, son contact est fétide, sa compagnie mortelle. » Il est vrai que le métier de ce saint homme est de traquer et d'exterminer les sorcières (son ouvrage s'intitule Le marteau des sorcières )
et pour lui il y a évidemment, en toute femme une sorcière qui
sommeille… Tant de femmes, décrétées sorcières, sont mortes brûlées
vive sur les bûchers, aux XVIe et XVIIe siècles, qu'il faut beaucoup
corriger la vision trop optimiste donnée souvent de

Le mépris bourgeois de la femme
D'autant
que l'époque moderne voit la montée en puissance d'une bourgeoisie déjà
misogyne dans ses fabliaux du XIIe siècle, où il est dit que
« Femme est faite pour tromper ». De Louis-Philippe à
La
revanche des femmes vient avec la guerre de 1914-18 : les hommes
paralysés dans la boucherie des tranchées, elles font face et assument,
en serrant les dent. Beaucoup d'entres elles ne verront pas revenir le
fiancé, le mari, les frères, les fils… Leurs filles et petites filles
s'en souviendront et n'oublieront pas le message.
L'émancipation des
femmes, qui est la révolution culturelle la plus importante du XXe
siècle est pour un Européen forcément positive. Mais, comme toute
révolution, celle-ci peut déraper, contenir le meilleur mais aussi le
pire. Les outrances du féminisme, qui prétend libérer las femme en
niant ou ridiculisant la féminité, débouchent sur la négation des
spécificités masculine et féminine, font entrer dans le domaine de
l'absurde et nuisent plus que tout à la cause qu'il prétend défendre.
La
nécessité d'atteindre un judicieux équilibre dans la répartition des
rôles entre l'homme et la femme, basée sur les réalités de la nature,
s'inscrit dans les meilleures traditions européennes et, depuis Platon, le
thème de l'union des contraires est au cœur de la pensée européenne. Il
est clair qu'un tel modèle sociétal est incompatible tant avec le port
du voile importée par les Sarrasins, qu'avec l'hystérie de style MLF.
En fait, la conception qu'on se fait de la place et du rôle de la femme
est bel et bien un choix de civilisation.
Les « vénus » préhistoriques aux formes généreuses trouvées en bien des régions d'Europe, de

26 décembre 2004
La femme Européenne (Partie 1)
Dans l'optique de faire une espèce de dossier sur "la femme Européenne"
je vais vous retranscrire ici un texte intéressant d'Anne-Laure
d'Apremont une Normande spécialiste de la Scandinavie, des Vikings et
du paganisme!
La femme dans le paganisme nordique, passé et présent, Tradition et identité
Anne-Laure d'Apremont

Lorsque
l'on évoque le paganisme nordique, aussitôt se dresse devant nos yeux
l'image du géant blond, portant épée et bouclier comme si les valeurs
masculines et guerrières étaient prédominantes dans le monde du Nord.
L'archétype surgissant immédiatement est de type machiste car ledit
géant blond est naturellement emprunt de brutalité et d'autoritarisme.
On se réfère à un viking plutôt stéréotypé que réel. Cette image
d'Epinal, très restrictive, fait l'impasse sur les siècles précédents
où le paganisme dominait car l'on oublie que la période viking est
essentiellement chrétienne. Nous y ferons quelques incursions lorsque
ce sera nécessaire. Notre propos concerne davantage le côté
germano-scandinave de la tradition nordique mais cette dernière
pourrait aussi bien comprendre un volet sur les Baltes ou les Russes
car en dépit des différences ethniques, il existe une communauté
spirituelle. Je tiens à préciser que cette intervention se définit plus
comme un témoignage personnel qu'une recherche de type universitaire
stricto sensu car la tradition et l'identité sont à mon sens une
question d'expérience et de vécu, de sensibilité même, plus qu'un sujet
théorique que l'on doit aborder d'une manière froide et abstraite.
Puisque le sujet de la présente conférence porte sur la tradition et
l'identité, il n'est pas inutile de rappeler ce que fut la tradition
nordique d'un point de vue féminin et comment l'identité féminine
s'incarna. Nous allons passer en revue la condition et la place de la
femme dans la société scandinave ainsi que la place fondamentale des
déesses dans le panthéon germano-scandinave, hélas méconnue et
déformée.
Ainsi, l'étude des sociétés germano-scandinaves
nous enseigne que les femmes étaient réellement respectées, ce que
prouve la législation de cette époque. Dans Moeurs et Psychologie des
anciens Islandais, Régis Boyer a même écrit : "La femme était l'âme
d'une société dont l'homme n'était que le bras." (1)
Dans La Germanie,
Tacite parle de " la valeur sacrée de la femme ". Hommes et femmes
avaient chacun un rôle bien défini et se respectaient mutuellement.
L'on constate donc que la femme, loin d'être un personnage sans âme
comme ont tenté de le faire croire certains hommes d'Eglise par la
suite, occupait un place à part entière et était vénérée comme
l'incarnation d'une déesse. En témoigne encore le fait que la bière,
boisson sacrée par excellence chez les anciens hommes du Nord, était
fabriquée par les femmes. Si elles ne se mêlaient pas directement des
affaires publiques, elles incarnaient le pilier du clan. Elles
exerçaient aussi une influence lorsqu'une décision s'imposait
concernant les procès, les alliances et diverses questions matérielles.
Certes, les mariages étaient arrangés et constituaient une alliance
d'intrêts mais la future épouse devait donner son accord. Et
lorsqu'elle était mariéée, on la traitait avec respect. Elle pouvait
divorcer pour un motif valable comme le non-respect des clauses
maritales préalablement établies ou même en raison des railleries
insupportables de son mari. Si celui-ci venait à décéder, elle en
héritait. Cet héritage comprenait outre la dot qu'elle avait apportée,
le douaire, c'est-à-dire l'équivalent fourni lui par l'époux. Dans les
temps reculés, la société était de type matriarcal et endogamique,
guidée par une aînée, une déesse mère, avec un conseil féminin selon
les conclusions de Maria Gimbutas dans The Civilisation of the Goddess. Le mot anglais husband,
"mari" est lié à la matrilinéarité qui dominait alors, la lignée
maternelle ayant davantage d'importance que la lignée paternelle. Le husbondi norrois ou husbonda
vieil anglais signifiant "celui qui tient la maison" ou l'habitant de
la maison". Il s'agissait en fait de l'homme qui lors de son mariage
venait travailler et vivre dans la maison de son épouse. Puis après les
diverses migrations, notamment en Angleterre, les femmes pouvaient
possder des demeures en leur nom propre comme le démontre par exemple,
le Domesday Book.
La femme apparaissait généralement
peu dans la vie publique pour des questions d'ordre physique avant tout
: les procès, par exemple, se finissaient souvent en pugilats tout
comme les althing. En revanche, elle pouvait s'y faire représenter. Les
femmes exerçaient leur souveraineté au sein de leur foyer en portant
les clés de la maisonnée à la ceinture. Et il ne s'agissait pas
seulement des clefs de la porte d'entrée mais de celles des coffres
recelant les objets précieux appartenant au clan. Elles s'occupaient de
toutes sortes de tâches matérielles comme la préparation des repas,
l'approvisionnement sans oublier le tissage qui ne consistait pas
seulement en la fabrication des vêtements mais aussi en celle du
vadmal, l'étoffe de bure qui servait de monnaie d'échange lors des
voyages à l'étranger. L'éducation des enfants lui revenait et en
partie, semble-t-il, leur instruction.
Soulignons enfin une
de ses fonctions et non des moindres au regard de cette socité
nordique, celle de gardienne des traditions. Un homme en effet n'avait
pas d'existence légale s'il n'était pas capable d'énumérer ses ancêtres
et collatéraux sur plusieurs générations. La femme enseignait donc à
ses enfants son lignage et celui de son époux. Elle incarnait
véritablement la mémoire du clan. En outre, nous avons dit que la femme
était absente de la vie publique en général mais l'histoire compte
nombre de reines qui assurèrent règnes et régences. Citons pour mémoire
Gunnhildr de Norvège, Algiva, Astrid, Olga sur laquelle les historiens
ne parviennent pas à s'accorder mais il s'agit toujours d'une
européenne du grand Nord. Pensons encore à Audr qui deviendra une
figure légendaire dans l'Islande du XIIIè siècle. Les sagas dépeignent
toujours les femmes comme respectables et respectées même si elle
provoque des conflits que les homme sont obligés d'apaiser. Nous sommes
loin des images un peu mièvres qui envahiront la littérature classique
par la suite. C.S.Lewis a fait une remarque à ce propos, un peu
outrancière peut-être mais reflétant en partie la réalité : "Les
Norrois traitent leurs femmes non comme des femmes mais comme des
gens." (The Allegory of Love).
Tout le monde connaît l'existence de ces magiciennes-prophétesses, qui
pratiquaient la divination, les volvas. Elles nous permettent d'aborder
le rôle religieux de la femme car aujourd'hui, les débats sur l'entrée
des femmes dans le clergé animent les autorités présidant aux
monothéismes chrétiens mais c'est oublier que celles-ci assumèrent
autrefois une charge spirituelle, partout en Europe. Les seidkonas
pratiquaient, quant à elles, le seidr, type de magie impliquant la
transe et servant à communiquer avec d'autres dimensions de la réalité.
Un mot vieil-anglais, haegtessa, fait référence aux prêtresses que l'on
consultait pour des questions concernant le clan. Elles arbitraient les
querelles, participaient aux conseils de guerre. Bien évidemment leur
rôle équivaut à celui des volvas et en comprend d'autres. Les sources
islandaises évoquent les gythias, c'est-à-dire les prêtresses présidant
aux rituels. La fonction de toutes ces prêtresses est multiple :
prophétesses, magiciennes, guérisseuses et législatrices puisqu'elles
exprimaient la loi et jouaient un rôle d'arbitre dans les conflits.
Certains termes sont ensuite passs dans le vocabulaire profane pour
désigner les sorcières avec toute la connotation maléfique que le
pouvoir eccléésiastique s'est ingénié à placer ici. Ainsi, dans les
langues indo-européennes, l'étymologie des noms servant à désigner les
sorciers et sorcières renvoient à l'idée de connaissance. Prenons deux
exemples : le mot witch en anglais et le mot vedun ou vedunja en russe
sont construits sur la racine *wid-, "connaître", cette même racine
sanskrite qui a donné le Veda, représentant la quintessence de la
connaissance chez les Hindous. Nous sommes loin des pratiques
sataniques ! La sorcellerie de nos campagnes montre combien l'homme et
la femme étaient égaux dans leurs fonctions et prérogatives. Ils
étaient mis au même rang et les paysans les redoutaient et les
admiraient tout à la fois. C'est d'ailleurs par les pratiques sorcières
que l'on a continué à reconnaître la femme dans sa fonction religieuse
et magique.
Quant à la religion nordique proprement dite,
elle était -et reste- dans son essence très féminine. Il suffit
d'examiner le panthéon germano-scandinave pour s'en convaincre. Toutes
les déesses nous ramènent à l'idée d'élévation spirituelle, de lumière
et de corps de gloire. Elles sont des exemples dont nous pouvons nous
servir chaque jour pour évoluer et aussi des clefs vers ces mondes
autres auxquels nos sens n'ont pas un accès direct. Les déesses nous
invitent à la Connaissance des mystères de notre monde, du visible à
l'invisible. La place prépondrante parmi les déesses revient
naturellement à Frigg, épouse du dieu Wotan, dont le nom signifie "la
Dame" et l'habit de faucon suggère l'ascension. Frigg est la grande
souveraine car elle connaît le destin des êtres. Ce sont toujours des
êtres fminins qui sont autorisée à lever un morceau du voile.
Finalement quel élément revêt plus d'importance que ce fameux Destin,
en particulier dans une religion où il est tout, où les dieux comme les
hommes y sont soumis ? Ce sont les Nornes qui possèdent une demeure
sous l'Arbre du Monde, l'axe primordial, symbole de l'équilibre
parfait, du cosmos après le chaos, et tissent le destin des êtres. Urd
est la Norne du passé, Verdandi celle du présent et Skuld, celle du
futur, mais, et c'est ici que les choses deviennent intéressantes, pas
d'un futur absolu, plutôt de "ce qui pourrait advenir. Ainsi, on peut
supposer que si les dieux avaient fait ce qu'il fallait, leur destinée
aurait été autre. Cet exemple doit nous servir de phare à nous qui
revendiquons notre paganisme, nos traditions et notre identité. Nous
sommes loin des idées de "karma", de passivité engendrée par une
implacable fatalité. Il n'est jamais trop tard, nous sommes toujours en
mesure d'agir et cela, sur divers plans : physique, psychologique,
spirituel.
Revenons brièvement à Frigg pour rappeler
qu'elle connaît aussi le langage des végétaux, minéraux et animaux
puisque tous, sauf une pousse de gui négligée, lui promettent de ne
nuire d'aucune manière à son fils, Balder. Cette faculté nous montre à
quel point notre environnement n'est pas neutre. Tout est vie et
langage. Chaque élément est détenteur d'un esprit. Nous pouvons aussi
en tirer des conclusions pour nous en tant qu'individus mais aussi
membres de la société. A notre tour, nous pouvons essayer de nous
mettre en résonance avec notre environnement et pourquoi pas de
décrypter ce qui nous entoure. La Nature peut nous délivrer des
messages, fournir des réponses aux questions que nous nous posons.
Ensuite, nous avons aussi la preuve qu'un combat pour la défense de
l'environnement, l'écologie, ne peut s'inscrire que dans une
perspective sacrée et pas seulement purement économique et
matérialiste. Certaines expériences ont été menées en ce sens et
quelles que soient les dérives qui ont pu en découler, ces expériences
reconnues scientifiquement sont intéressantes et porteuses d'espoir.
Les déesses nous invitent encore à prendre conscience de l'importance
du clan et des ancêtres. Ainsi, la Connaissance est aussi l'apanage de
Saga qui incarne la mémoire du peuple. Elle nous rattache à nos
ancêtres dont le culte s'est aujourd'hui perdu dans le fond des âges et
échappe à nos contemporains. Il ne s'agit pas de vénérer les ancêtres
par crainte d'un châtiment ou pour simplement se les concilier et
obtenir quelque gain mais de se rappeler la valeur du sang, considéré
autrefois comme véhicule de l'âme. Le culte des ancêtres nous rattache
à notre chaîne familiale et outre une valeur sacrée, il comporte un
aspect psychologique non ngligeable, surtout en cette période où la
modernité conduit à l'errance. La psychologie moderne montre combien
l'influence des ancêtres est importante sur notre comportement actuel
même si elle est inconsciente. Un drame, par exemple, non exprimé
verbalement mais inscrit dans l'inconscient produira des effets à notre
insu. Passé, présent et futur sont inexorablement liés, ce que démontre
cette chaîne des ancêtres. C'est ainsi que la tradition permet à notre
identité de surgir.
Les divinités quelles qu'elles soient
et leurs mythes peuvent aussi nous aider en nous montrer la voie de la
transmutation. A son tour, Gefjion ("la dispensatrice) , la patronne
des jeunes filles, évoque celle-ci. Elles est vierge et servie par
toutes les femmes qui meurent vierges. Son nom la rattache à la terre
en tant que dispensatrice accordant l'abondance et sa virginité est
naturellement à rapprocher de celle la terre avant les semailles. Cette
virginité doit enfin se comprendre sur un plan spirituel et symbolique.
Aucune notion de morale chrétienne n'intervient ici. Il s'agit d'un
état de pureté intérieure après un processus de purification qui permet
d'aborder une autre étape sur le sentier spirituel. L'état de virginit
est celui de la non-manifestation, un état au-delà de l'espace et du
temps, une sorte d'empire du Milieu, c'est-à-dire de l'homme accompli.
Julius Evola décrit cet état de la façon suivante :
"En
réalité, ce qui importe le plus dans tout cela, c'est la capacité de la
materia prima de recevoir toute forme et de s'en imprégner sans être
jamais épuisée, sans être possédée dans sa racine ultime. La virginité
par conséquent, désigne ici le fait d'être insaisissable, abyssale, le
caractère ambigu et élusif de la "femme divine"... " (2)
L'image de Fulla dont le nom signifie "plénitude", incarne cette femme
divine, parvenue à la réalisation de son être. Servante de Frigg, elle
a la garde de ses chaussures et porte son coffret. Son front est ceint
d'un bandeau d'or, il ne peut que faire penser à l'aura dorée que l'on
perçoit après l'émergence du plus subtil. Quant aux chaussures et au
coffret, sans doute peut-on comprendre ces symboles comme ce qui mène
vers le trésor caché et le trésor lui-même, c'est-à-dire le cheminement
vers la connaisance.
Les déesses embrassent le champ
céleste et à son tour le champ terrestre. Le culte de la terre revêt
une grande importance dans le paganisme nordique. Différentes déesses
l'incarnent : la Terre-Mère est symbolisée par Jord, la terre hivernale
par Skadi.. La déesse qui incarne le réveil printanier de la nature est
Ostara dont le nom a donn "Easter" en anglais et "Oster" en allemand
pour Pâques. Il est intressant de noter que seul Bède la Vénérable
mentionne cette déesse mais dans les mouvements païens nordiques
actuels, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, elle attire une ferveur
particulière. Elle a donné son nom, entre autres, au cercle interne de
l'Odinic Rite.

Ciel, Terre et royaume caché...Voici Hel, "la dissimulatrice", déesse
du royaume des morts qui comporte neuf demeures. Si les chroniqueurs
chrétiens en ont donné une description terrifiante émanant de leurs
propres croyances, son étymologie nous invite à réfléchir sur ce
qu'elle est réellement et ce qu'elle incarne, la mort. Elle
"dissimule", c'est-à-dire qu'elle rend invisibles les êtres défunts aux
yeux des vivants, nous prouvant qu'ils ont franchi une étape, un
passage. Ils n'ont pas disparu. Le royaume de Hel ayant revêtu toutes
les apparences de l'enfer chrétien, il était donc logique que celle-ci
apparaissent sous les traits d'un diable en jupons. Mais elle est en
réalité la gardienne d'un seuil. Nous trouvons grâce à un mythe féminin
la réponse à la question principale que nous nous posons tous, celle de
la mort. A notre époque, on tente totalement d'occulter la vieillesse,
de la retarder, de retarder l'échéance de la mort. Cette période de la
vie n'est plus un signe de sagesse, elle ne signe plus l'expérience.
Bien sûr, on peut entendre celle-ci sur un plan symbolique, voire
spirituel, la mort à soi-même après une transformation intérieure.
Walkyries, Dises et Nornes jouent aussi le rôle de gardienne du seuil
et du passage entre les sphères invisibles au monde profane. Les
premières, vierges guerrières au service du dieu Odin, choisissent les
guerriers qui doivent tomber au combat puis les ramènent au Walhalla.
On peut supposer alors que le terme "guerrier" ne renvoie pas à un sens
purement physique. Le "héros" d'autrefois n'était pas seulement le
vaillant combattant. La guerre n'est pas tant le combat extérieur,
contre des ennemis tangibles que le combat intérieur, lutte sans merci
contre le ""petit moi".
Enfin, et j'en aurai terminé avec
ce tableau des déesses en tant qu'exemples pour nous-mêmes et pour
notre compréhension du monde, des mondes et de leurs mystères, le cas
d'Idunn mérite toute notre attention. Puisqu'elle est la gardienne des
pommes d'or, du secret de l'immortalité, les dieux rajeunissant grâce à
celles-ci, elle défie l'espace et le temps. Toutes les barrières
qu'échafaude notre conscience ordinaire, sont abolies. La quête
d'immortalité est un rêve qui a alimenté le vampirisme ou l'alchimie,
ou encore d'autres sentiers spirituels. La question de l'espace et du
temps est l'une des préoccupations majeures des scientifiques et il
serait intéressant d'établir un parallèle entre un mythe tel que
celui-ci et les théories scientifiques de ces vingt dernières années
sur le sujet.
Il existe encore maintes déesses que nous ne
pouvons aborder en détails ici. Nous pourrions évoquer les archétypes
dérivés des déesses comme les personnages féminins liés au Jul dont le
symbolisme est lui aussi très riche. L'important est de comprendre
qu'elles peuvent nous aider dans notre recherche. Ainsi apparaît la
possibilité de vivre un paganisme qui n'est pas désincarné, s'étendant
des plus hautes sphères jusqu'à nos préoccupations les plus immédiates.
Nous avons examiné différents aspects de la sociét et de la
religion païennes mais une réflexion plus poussée sur la rôle de la
femme aujourd'hui et la manière dont elle peut vivre le sacré est
ouverte et chacune peut y apporter sa contribution. De plus en plus,
les femmes jouent un rôle actif pour promouvoir leurs traditions et
leur identité et qui toutes, ont une personnalité intéressante : Freya
Aswynn en Grande-Bretagne, Sigrun von Schlishting en Allemagne, qui
restaure aussi un château en Pologne, Else Christiensen aux états-Unis
qui, elle, a effectué un séjour en prison. Les groupes païens nordiques
ou odinistes (je n'apprécie pas trop ce terme réducteur) suscitent
l'intérêt de plus en plus de femmes. Le cas de la France est
particulier car beaucoup de femmes isolées cherchent à s'engager
davantage mais pour toutes sortes de raisons, l'adhésion à un groupe
n'est pas évidente. La France est dominée par son caractère latin et
les gens n'ont souvent pas conscience de leurs racines ou à un niveau
très superficiel.
Il est bien évident que l'on ne peut
remonter en arrière tant notre civilisation a changé, peut-être
cependant pouvons-nous tenter de nous adapter aux circonstances mais il
existe plusieurs voies pour qu'enfin notre tradition et notre identité
s'affirment. Nous observons une inversion totale des valeurs et
celle-ci ne date pas d'aujourd'hui. Il semble que les hommes ont perdu
la conscience des valeurs masculines et que les femmes ne ressentant
pas la force et la sécurité nécessaires chez leurs compagnons se
battent sur leur terrain pour trouver cette sécurité et avoir
l'impression d'exister. Notre réflexion peut s'orienter dans plusieurs
directions : ainsi, la réhabilitation du rôle de mère est-elle
fondamentale. Si nous voulons prétendre agir sur la société, il faut
commencer à la base. Ensuite, je crois qu'il est nécessaire de
réhabiliter les valeurs dites féminines comme l'intuition et la
réceptivité et en revenir à notre environnement immédiat, la nature,
les saisons, les éléments, l'air, la terre, le feu, l'eau. Les
médecines traditionnelles, chinoises, ayurvédiques, avaient pourtant
bien compris que c'est un déséquilibre de ces derniers à l'intérieur de
corps et au niveau des corps énergétiques, qui engendre les maladies.
En astrologie également, les éléments sont indispensables pour
comprendre la psychologie d'un être. Ces choses toute simples sont
"passées à la trappe", or c'est en retrouvant les sens des éléments et
des cycles que l'on peut rétablir un ordre naturel. La femme un vecteur
intééressant pour cela puisqu'elles possèdent des prédispositions
naturelles. Et les hommes doivent aussi prendre conscience de leur
partenariat. Le féminisme a placé en rivalité hommes et femmes alors
que c'est en coopérant que nous parviendrons à construire. Une femme
qui revendique son paganisme peut essayer de retrouver le chemin des
dieux et déesses des temps anciens. L'action au quotidien au sein du
foyer ou d'une association, n'est pas la seule voie possible. Sa vie
spirituelle peut être riche. Le sentier vers les dieux, c'est aussi
retrouver sa dimension intérieure la plus sacrée pour pleinement
reconquérir son identité.
1. Régis Boyer, Moeurs et Psychologie des anciens Islandais, p.107, Editions du Porte Glaive, Paris, 1986.
2. Métaphysique du sexe, Paris, 1989, p.173
J'aimerais aborder ce thème pour montrer aussi, que nous autres peuple des forêts ne portons pas en nous cette "haine intrinsuèque de la femme" importée par les religions du désert qui sous couvert de culpabilisation asservisse la femme Européenne! Tout comme il nous faut affirmer que nous ne sommes pas raciste mais ethnodifférencialistes, il faut affirmer que nous ne sommes ni sexiste ni machiste, mais encore mois féministes! Il y à des différences fondamentales entre les sexes ( que ce soit physique comme spirituel) , elles sont là, les nier serait absurde, les utiliser pour asservir l'autre, tout autant! Reconnaissons juste ces différences et respectons les! Mais n'oublions jamais que les femmes doivent avoir tout notre respect car elles sont la clé de voûte de notre civilisation!

