03 février 2005

La femme Européenne (Partie 3)

Dans le cadre du dossier sur la femme européenne je retranscrit ce texte trouvés dans la revue Terre et Peuple sur les conditions de vie de la femme dans le milieu sémite (y compris chrétien) et surtout musulman!

La femme chez les peuples du désert

On connaît la distinction, éclairante, qu’établit Ernest Renan entre les religions du désert et les religions de la forêt. Qui dit religion dit peuple, car la religion est l’expression, dans le champ du sacré, de l’âme, du psychisme d’un peuple. Autrement dit, cet historiens des religions, doublé d’un distingué linguiste, qu’était Renan définissait, à travers le critère religieux, un critère ethnique, à savoir des conceptions du monde incompatibles car fondées sur des valeurs trop opposées les unes aux autres pour pouvoir se rencontrer et se fondre. L’incompatibilité entre civilisations trop différentes- symbolisée par le contraste, spectaculaire et polymorphe, entre désert et forêt- est source de choc et se traduit dans tous les domaines de la vie des sociétés. Mais elle s’exprime avec une force emblématique dans certains secteurs particulièrement sensibles de l’organisation sociale. La place de la femme en fait partie.

 

Il est révélateur, à cet égard, de comparer la conception de la femme qu’ont les peuples de la forêt, dont font partie, entre autres, les Indo-Européens, et celle qui prévaut chez les peuples du désert, dont font partie, entre autres, les Sémites. C’est à l’univers mental de ces derniers que nous allons nous attacher, en y cherchant l’image de la femme qu’il propose.

 

La femme dans la Bible

Commençons par le commencement. La conception de la femme, est en effet dans les sociétés et religions monothéistes toutes nées au désert, étroitement déterminée par le message biblique. C’est le cas, évidemment, pour le premier en date des monothéismes, né au sein du peuple hébreu et d’ailleurs élément constitutif déterminant de ce peuple, mais aussi pour les deux autres monothéismes, le chrétien et le musulman, dont la matrice est biblique même si ils ont pris leur autonomie au fil du temps (On sait que Mahomet fut très influencé par le judaïsme et le christianisme dans la période fondatrice de sa prédication. Quant au christianisme, il fut d’abord un judéo-christianisme avant d’évoluer sous l’influencer de l’helleno-christianisme). Le cas du christianisme est cependant particulier car, malgré son origine sémitique, il a été profondément marqué par sa nécessaire adaptation aux mentalités européennes- gage de sa réussite historique. C’est pourquoi nous concentrons notre attention sur le monde juif et le monde musulman.

Toutes les vérités étant contenues dans la Bible hébraïque pour les juifs, c’est donc par elle qu’il faut commencer notre enquête. En allant au tout début du récit biblique, c'est-à-dire la lecture de la Genèse, premier livre du pentateuque. « Ce que dit celle-ci », remarque Jean-Paul Roux, « peut tenir en quelques lignes et pourtant ces lignes ont fixé pour toujours pour les confessions qui se référent à elles la position de la femme dans la société et ses rapports avec l’homme ».

Iahvé après avoir créé l’homme au sixième jour de la création, « prit une de ses côtes et enferma de la chair à sa place. Il bâtit en femme la côte qu’il avait donc prise de l’homme » (Genèse, II, 21-22). Donc la femme est seconde par rapport à l’homme, elle lui est donc naturellement subordonnée- c’est d’ailleurs l’homme qui donne son nom à d’Eve à la femme, alors que lui-même a reçu le sien, Adam, de Dieu, et le don du nom est un acte de possession. Puis arrive l’épisode décisif : au cœur du jardin d’Eden (le paradis) la femme, inspirée, tentée par le serpent, pousse l’homme à braver et enfreindre l’interdit fixé par Iahvé au premier homme ; «  Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir » (Genèse, II, 15)

La motivation d’Eve est intéressante à noter : « La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance ». C’est donc la capacité de jugement, de décision- donc d’affranchissement- qui paraît intéressante à la femme… et que Iahvé ne veut pas laisser à la disposition de l’être humain qui, devenant libre et capable de définir lui-même le bien et le mal, échappe à Dieu… et se fait son égal. Iahvé punit donc l’homme et la femme, en les chassant du paradis, car plus encore que l’infraction à sa Loi, il craint que l’être humain devienne immortel - privilège de Dieu – en mangeant d’un autre fruit : «Maintenant qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de la vie, en manger et vivre à jamais ! » (Genèse, III, 22).

Eve, la tentatrice ayant elle-même cédé au tentateur, est donc chargée de la responsabilité à l’égard de l’humanité, qui doit désormais payer pour la pécheresse et porter à jamais le poids du péché originel, germe de mort. Les Juifs sont catégoriques : « C’est par la femme qu’a commencé le péché. C’est à cause d’elle que nous mourons tous » (Ecclésiastique, XXV, 24). Le juif Saul de Tarse devenu le chrétien Paul ne dira pas autre chose. Comme le résume Jean-Paul Roux, « après ces mots tout est dit, le reste n’est que broutille ».

La bible faisant peser dès le départ une telle charge de culpabilité sur la femme, il est normal que son sort soi peu enviable. Ainsi la polygamie est-elle admise. Les souverains hébreux possèdent d’ailleurs d’immenses harems et on ne voit pas d’inconvénients à ce que Salomon, célébré pour sa sagesse, ait sept cents épouses et trois cents concubines (Iahvé lui reprochant seulement d’en prendre certaines parmi des races étrangères…) ( I, Rois, XI,3).

Certes, est rappelé l’interdiction de prostituer sa fille (ce qui prouve que ce rappel est nécessaire…) Mais la femme adultère est punie de mort et la fille venant au mariage alors qu’elle n’est plus vierge sera lapidée. La répudiation de l’épouse se fait selon le seul bon plaisir de l’homme (Deutéronome, XXIV, 1-2). Et si l’impureté frappe la mère pendant quarante jours après la naissance d’un garçon, il faut huitante jours pour la naissance d’une fille (Lévitique, XII, 2-5).

La misogynie des textes bibliques est affirmée sans nuances : « Toute malice est petite auprès de la malice des femmes ». Ou encore : « Je trouve plus amère que la mort la femme, parce qu’elle est un traquenard, que son cœur est un piège et que ses bras sont des liens. » (Ecclésiaste,  VII, 26)

Les enseignements bibliques ont perpétué, au fil des siècles, une image de la femme que l’on retrouve aujourd’hui chez les juifs orthodoxes, que ce soit en Israël ou dans la diaspora. Les rabbins réglementent strictement la vie sexuelle. Chez les plus rigoristes – par exemple au sein du mouvement loubavitch, héritier d’une des plus importantes écoles de pensées du hassidisme – la femme est frappée d’impureté onze jours par mois (les quatre jours des règles, plus la semaine qui suit). Il est alors hors de question qu’il y ait le moindre contact entre elle et son mari : on ne se passe pas d’objet de la main à la main, on ne s’assoit pas sur le même fauteuil. Si un tel rigorisme est affirmé avec force chez les plus intransigeants, l’ensemble de la communauté juive, à travers le monde, reste cependant imbibé par les préceptes qui viennent du plus lointain passé du peuple hébreu.

En fait la fascination – répulsion des Sémites à l’égard de la femme crée une mentalité obsessionnelle, qu’on retrouve chez les arabes. Pour des raisons évidentes, selon Jean-Paul Roux : « Parce que les Arabes, chez qui l’Islam est né, sont des Sémites, comme les Hébreux, parce que leur livre sacré, le Coran, est truffé de réminiscences bibliques plus ou moins altérées ou, comme ils disent, corrigées, et parce que, comme les juifs, ils refusent l’incarnation et la trinité divine, ils sont plus directement que les chrétiens les héritiers du judaïsme, ils en demeurent plus proches ».

 

La femme dans l’Islam

Contrairement à l’hagiographie musulmane, qui veut faire du prophète Mahomet un bienfaiteur de la condition féminine, par rapport à ce qui se passait dans la société arabe préislamique, les sources historiques révèlent que nombre de femmes bédouines n’ont pas apprécié son action et son message, lui manifestant du coup une forte hostilité. Certaines d’entres elles ont même suscité des révoltes, ce qu’elles ont souvent payé de leur vie, de façon atroce. Ainsi Ibn Ishaq, repris et transmis par le célèbre historien Tabari, raconte comment Umm al-Quirfa et sa fille Salma furent écartelés entre deux chameaux, par ordre d’un Mahomet vindicatif et d’autant plus haineux que ce fussent des femmes qui aient osé le défier, l’humiliant ainsi devant ses partisans.

Dès la mise en place des premières sociétés musulmanes s’affirme le rigorisme de prescriptions qui ont pour but d’encadrer strictement la vie quotidienne du croyant. C’est « l’étourdissant réseau de prescriptions tissé par la charia » qui contrôle  les rapports intimes entre hommes et femmes, car « la doctrine musulmane qui prétend régir toute la vie du croyant au moyen d’une minutieuse législation (pour partie tributaire du Talmud), codifie également le cadre, la portée, les modalités et les conséquences de l’acte sexuel légalement considéré dans le mariage et hors mariage ». Or il est évident que toute la vie sexuelle des individus est dominée par «  le mur que l’Islam traditionnel érige entre les sexes ».

Les consignes données aux musulmans par le Coran (VIIe siècle) ou les hadith (paroles et actes du Prophète, rédigés au XIe siècle) sont sans ambiguité concernant « le statut très inférieur de la femme en terre d’Islam que l’on ne peut guère nier sauf par romantisme culturel ou flagornerie ». Le Coran affirme en effet clairement que la femme, créée par Dieu inférieure à l’homme, doit le rester et respecter ainsi la volonté divine. La femme étant impure, l’homme doit s’en écarter (pour s’en protéger) à l’occasion de tout acte de nature religieuse (prières quotidienne, présence à la mosquée). La polygamie est licite, Mahomet ayant d’ailleurs donné l’exemple en prenant 9 femmes.

Le mariage est conçu comme un contrat mettant à la disposition de l’homme un objet sexuel destiné à satisfaire ses pulsions, à son gré, le point de vue de la future épouse, n’ayant d’ailleurs aucune importance, puisqu’il n’est nul besoin de la consulter. Celle qui serait réticente peut être soumise au djahr (droit de contrainte matrimoniale, qui permet de soumettre l’intéressée par tous les moyens).Elle peut être répudié à tout moment (Bible et Coran à cet égard sont bien d’accord).

L’univers masculin et l’univers féminin sont totalement séparés, étanches : « L’existence de deux sociétés parallèles, isolées, sans passerelles de l’une à l’autre hormis celle de la sexualité, est l’un des caractères fondamentaux du monde musulman ».

Si le Coran spécifie qu’une musulmane ne doit pas épouser un non-musulman, le musulman ne peut épouser une « idolâtre », c'est-à-dire une païenne (une femme qui n’est ni musulmane, ni juive, ni chrétienne). Il ne peut non plus épouser une femme déjà mariée… sauf si c’est une captive de guerre (Coran, V, 22). Quant aux femmes soupçonnées d’infidélité, le remède est simple : «Battez-les » (Coran, IV, 34) (dans le meilleur des cas, car dans de nombreux pays, ajourd’hui encore, la lapidation est de règle… malgré les déclarations lénifiantes des autorités locales, qui nient une pratique pourtant avérée).

On peut épouser une fille dès l’âge de 9 ans (c’est à cet âge que le Prophète a défloré Aïcha). La femme a tout à redouter du temps qui passe : en effet si l’homme est censé se bonifier au fur et à mesure qu’il avance dans l’âge, le processus est exactement l’inverse chez la femme…

La diffusion de l’Islam par les Arabes chez les peuples qu’ils ont conquis s’est-elle traduite par un abaissement de la condition féminine ? La réponse doit être nuancée selon les peuples. Certains conservent, malgré l’islam, une vision de la femme qui lui reconnaît sa dignité. C’est le cas chez les Berbères, qui furent d’ailleurs guidés pendant de nombreuses années, lors des guerres de résistance contre les conquérants arabes, par une femme, la Kahina, qui est encore aujourd’hui une figure emblématique du combat, toujours actuel, des Berbères pour leur identité.

Par contre chez les Turcs, ralliés tardivement à l’Islam, la misogynie est évidente. Nizam al-mulk, grand vizir des Seldjoukides au XIe siècle, ne mâche pas ses mots : « Il faut pour qu’une entreprise ait un heureux résultat faire le contraire de ce que disent les femmes ». Au XVe siècle, au Caire, les théologiens rendent responsable d’une épidémie de peste… les femmes qui osent se promener dans les rues.

Les caractéristiques de la conception musulmane de la femme ont-elles évolué au fil du temps ? Il est révélateur que certains régimes tentés, au XXe siècle, de laïciser dans leur pays la condition féminine, aient fait machine arrière et intégré dans leur législation de plus en plus de dispositions issues de la charia. Par exemple, le code de la famille adopté en 1984 en Algérie confirmait la subordination de la femme (article 11 : « la conclusion du mariage pour la femme incombe à son tuteur matrimonial qui est soit son père, soit l’un de ses proches parents »).
Les jeunes musulmanes vivant dans les pays européens sont souvent tentées de s’émanciper d’une tutelle trop pesante en espérant, grâce à des études suffisamment poussées, obtenir les moyens d’une indépendance financière par le biais d’une activité professionnelle. Et à partir de là, une liberté de vie. Mais à ce modèle d’émancipation s’oppose un modèle de soumission, celui de la fille voilée, qui affirme le plus souvent faire ce choix par conviction religieuse et respect des traditions familiales. Mais combien le font par crainte de représailles ? L’exemple de ces filles des « cités » égorgées ou brûlées vives pour « inconduite » par des gardiens autoproclamés de la morale (souvent des parents) doit en réfléchir plus d’une…
François Fresnay


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05 janvier 2005

La femme Européenne (Partie 2)

La femme Européenne d'hier à aujourd'hui !

 

En contraste saisissant par rapport au statut reconnu à la femme dans les société de l'Europe, le christianisme apporte, en s'implantant sur le sol européen, à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen-âge, la vision fidèlement héritée de la Bible qui est celle du christianisme des origines, autrement dit le judéo-christianisme !

 

C'est dans les Epitres de Paul qu'on voit le plus clairement le rappel du rôle assigné à la femme, entièrement basé sur la soumission. Portant, on le sait, Paul a beaucoup fait pour ouvrir au christianisme les voies du monde non-juif, le monde des Gentils, afin de donner à sa religion une vocation universelle. Mais Paul n'en reste pas moins marqué par ses origines et il «  n'est qu'un juif qui vit en milieu juif, qui se veut efficace et sait bien que l'on accorde peu de foi à ce que disent les femmes ». Il est donc catégorique, dans les messages de direction morale qu'il adresse aux communautés chrétiennes avec lesquelles il est en contact : « Que vos femmes se dans les assemblées, car elles n'ont pas mission de parler, mais qu'elles soient soumises comme le dit aussi la loi. » (I Corinthiens, XIV, 34-35). La femme, donc, « doit se tenir dans le silence » et porter un voile, symbole de soumission, car « la femme ayant été tirée de l'homme, doit avoir sur sa tête un signe de sujétion » (I Corinthiens, XI, 4-10). Jean-Paul Roux rappelle la signification d'une telle obligation : « Dans l'Antiquité, avoir la tête couverte était le propre des esclaves et les juifs priaient en mettant un calot sur leur tête, comme ils le font encore et comme font les musulmans, parce qu'ils étaient esclaves de Dieu, alors que les Grecs priaient tête nue. Affranchis par le Christ, devenus fils de Dieu, les chrétiens n'avaient plus à se couvrir, mais les femmes le devaient ». On sait qu'il n'y a encore pas si longtemps il eût été impensable qu'une femme pénétrât dans une église tête nue (« en cheveux », comme on disait avec mépris)…

Ajoutons pour compléter le tableau paulinien, l'exaltation de la virginité (qui restera une constante dans le christianisme), la sexualité étant tout de même admise, mais comme un mal inévitable vue la faiblesse humaine (« Si vous brûlez, mariez-vous »).


La femme au cœur de la culture Européenne

Pourtant bien des femmes, dans la société romaine agonisante, ont été séduites par le message consolateur du christianisme, qui offrait une échappatoire à un monde trop dur. Et les chrétiens pour recruter de nouveaux adeptes, ont utilisés les femmes comme cheval de Troie, afin de pénétrer la société païenne et en prendre le contrôle. Avec, certes, quelques questions épineuses qui surgissent : si les femmes sont si habiles pour diffuser le christianisme, n'est-il pas normal de conférer à certaine la prêtrise, voir l'épiscopat- les Païens ayant bien, eux, des prêtresses? Montan et ses disciples- parmi lesquels des prophétesses, qui accompagnaient le maître- en sont de chauds partisans. Mais ils sont dénoncés et pourchassés comme déviationnistes par une Eglise catholique qui bâtit en grande partie son autorité sur l'exclusion de ceux qu'elle condamne avec l'épithète infamante et périlleuse d' « hérétiques ».

Mais la femme, faute d'être prêtre, peut-elle être épouse du prêtre ? Après bien des tergiversations l'Eglise catholique répondit par la négative (à la différence de l'Eglise orthodoxe et des Eglises réformées). Mais cet interdit fut, dans bien des cas, violé, plus ou moins ouvertement.

Car le christianisme a dû composer et accepter la conception européenne de la femme, si contraire a une misogynie congénitale au judéo-christianisme et qu'essayent d'entretenir certains ecclésiastiques : Saint-Ambroise affirme que le péché originel se transmet par l'acte d'amour, saint Augustin devenu évêque se méfie tant des femmes qu'il ne veut parler à aucunes d'elles (« le désir des voluptés charnelles me tenait étroitement enchaîné » assure-t-il en se souvenant de sa jeunesse), quant à l'abbé Odon de Cluny, au Xe siècle, qui reprend à son compte saint Jean de Chrysotome(IVe-Ve siècles), il décrit la femme comme un « sac de fiente »…

Ces aberrations sont la version extrême de la méfiance de principe à l'égard de la femme, que la Bible a léguée au christianisme : « On peut dire que toute la genèse de la civilisation chrétienne s'est effectuée dans une atmosphère d'attirance passionnée pour la féminité et d'extrême méfiance vis-à-vis des femmes et des rapports physiques et intellectuels que les hommes peuvent avoir avec elles ». Ceci dit, les obsessions d'un saint Ambroise, d'un saint Augustin, d'un saint Jean Chrysotome… et de beaucoup d'autres, sont marginales, en ce qui concerne leur impact, dans les sociétés de l'Europe médiévale où la femme tient, de fait, qui lui revient selon les traditions européennes.

D'abord au plus haut niveau social, celui des princesses et des reines qui exercent, très naturellement, sur leur royal époux une influence qui peut-être parfois déterminante. L'exemple le plus magistral est fourni par cette Clotilde, burgonde et catholique, qui amène Clovis, son roi franc- et païen- de mari à adopter « la vraie foi »… ce qui lui procure le soutien de l'influent épiscopat gallo-romain pour imposer sa tutelle à ses rivaux, rois Germaniques comme lui mais qui ont le grand tort, du point de vue catholique, d'être ariens, c'est-à-dire hérétiques. La propre mère de Clovis, la belle Basine, fille du roi des Thuringiens, avait d'ailleurs démontré la grande liberté d'initiative des femmes germaniques en quittant son premier mari pour aller épouser, de l'autre côté du Rhin, un autre prince qui lui plaisait davantage… Quant à Ingonde, épouse franque du roi des Wisigoths, elle ramena à l'orthodoxie catholique son époux arien et ce travail d'agent recruteur fut initié par d'autres princesses téléguidées par leur directeur de conscience (rôle tenu par l'évêque de Reims, Rémi, auprès de Clotilde).

La beauté de la femme, chantée par les troubadours dans la douceur de vivre occitane, est célébrée aussi, en terre celtique, par la tradition arthurienne, au centre de laquelle la femme celte devient fée : Viviane est inséparable de Merlin l'enchanteur. Le Graal, l'antique chaudron du breuvage d'immortalité, cette coupe sacrée emplie du porteur de vie, le sang n'est-il pas la traduction symbolique de l'utérus ? Dans son Parzifal, dont le message ésotérique va à l'essentiel, Wolfram von Eschenbach ne tremble pas en écrivant que le combat pour la protection de la femme est prioritaire, de façon absolue, même par rapport à la défense de Dieu. Que voilà donc un propos bien hérétique… mais qui a enchanté ses auditeurs- et auditrice- de l'aristocratie européenne.

Comme il savait le faire, Michelet a tout dit en quelques mots : dans l'Europe du Moyen âge, « la femme règne dans le ciel, elle règne sur la terre ». André Le Chapelain, dans son Traité de l'amour (début XIIe siècle) écrit sans hésiter que les femmes sont « l'origine et la cause de tout bien ». On est loin d'Eve complice du diable…

Prêtresse de l'amour, la femme médiévale vient nous dire, avec Iseult, que la force de l'amour défie la mort et en est victorieuse. Poétesse, Marie de France fait de l'amour l'axe et l'âme de son œuvre. Quant à Dante, la puissance des yeux de Béatrice est telle qu'il y voit meilleur moyen d'accéder à Dieu !

Dieu n'intervient-il pas, d'ailleurs, par le bras armé d'une femme pour que renaisse l'espoir, aux jours les plus sombres ? C'est tout le sens de la mission de Jeanne d'Arc, que chante Christine de Pisan : « L'an mil quatre cent vingt neuf, reprit à luire le soleil ».

Plus discrètes mais tout aussi agissantes, ces femmes de paysans de l'Europe médiévale que l'on voit, dans les actes de vente ou d'achats de terre- et aussi dans les testaments- donner expressément leur accord pour toute décision mettant en jeu le patrimoine familial. La femme, gardienne du foyer, est, au sens plein. La maîtresse de maison et veille sur les intérêts de la lignée.


Il ne faut cependant pas idéaliser : à la fin du Moyen âge ceux qui diabolisent la femme n'ont pas désarmé et un inquisiteur dominicain affirme : « Son aspect est beau, son contact est fétide, sa compagnie mortelle. » Il est vrai que le métier de ce saint homme est de traquer et d'exterminer les sorcières (son ouvrage s'intitule Le marteau des sorcières ) et pour lui il y a évidemment, en toute femme une sorcière qui sommeille… Tant de femmes, décrétées sorcières, sont mortes brûlées vive sur les bûchers, aux XVIe et XVIIe siècles, qu'il faut beaucoup corriger la vision trop optimiste donnée souvent de la Renaissance et de son héritage soi-disant lumineux.


Le mépris bourgeois de la femme

D'autant que l'époque moderne voit la montée en puissance d'une bourgeoisie déjà misogyne dans ses fabliaux du XIIe siècle, où il est dit que « Femme est faite pour tromper ». De Louis-Philippe à la IIIe République, les bourgeois puritains du XIXe siècle, clients assidus des maisons closes, n'ont pas de scrupules moraux, ni de crise de conscience lorsqu'il s'agit d'exploiter ignominieusement dans leurs usines des femmes usées trop tôt, détruites physiquement et mentalement par des travaux harassants. Minées par la prostitution, le manque d'hygiène, la mauvaise alimentation, la maladie, l'alcoolisme, les femmes des « classes dangereuses », les ouvrières (souvent paysannes happées et broyés par le mirage citadin), portent une marque d'infamie gravée comme un fer rouge par les bonnes âmes. Ce scandale permanent est dénoncé par quelques courageuses comme Georges Sand ou Louise Michel, la « vierge rouge » de la Commune, dont le combat inlassable contre l'injustice est exemplaire.

La revanche des femmes vient avec la guerre de 1914-18 : les hommes paralysés dans la boucherie des tranchées, elles font face et assument, en serrant les dent. Beaucoup d'entres elles ne verront pas revenir le fiancé, le mari, les frères, les fils… Leurs filles et petites filles s'en souviendront et n'oublieront pas le message.

L'émancipation  des femmes, qui est la révolution culturelle la plus importante du XXe siècle est pour un Européen forcément positive. Mais, comme toute révolution, celle-ci peut déraper, contenir le meilleur mais aussi le pire. Les outrances du féminisme, qui prétend libérer las femme en niant ou ridiculisant la féminité, débouchent sur la négation des spécificités masculine et féminine, font entrer dans le domaine de l'absurde et nuisent plus que tout à la cause qu'il prétend défendre.

La nécessité d'atteindre un judicieux équilibre dans la répartition des rôles entre l'homme et la femme, basée sur les réalités de la nature, s'inscrit dans les meilleures traditions européennes et, depuis Platon,  le thème de l'union des contraires est au cœur de la pensée européenne. Il est clair qu'un tel modèle sociétal est incompatible tant avec le port du voile importée par les Sarrasins, qu'avec l'hystérie de style MLF. En fait, la conception qu'on se fait de la place et du rôle de la femme est bel et bien un choix de civilisation.

Les « vénus » préhistoriques aux formes généreuses trouvées en bien des régions d'Europe, de la Dordogne à l'Autriche et à la Moravie, nous adressent un message à travers les millénaires : la femme est fécondité, elle est l'image de la Terre-Mère. Respecter la femme, c'est respecter la terre. Et donc la vie. Ceux qui méprisent aujourd'hui la femme et la terre ont la même maladie mentale. Fous d'Allah ou adeptes du Veau d'Or, ils ont une vision du monde qu'un Européen digne de ce nom ne peut accepter. Et qu'il doit combattre. Totalement !


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26 décembre 2004

La femme Européenne (Partie 1)

Dans l'optique de faire une espèce de dossier sur "la femme Européenne" je vais vous retranscrire ici un texte intéressant d'Anne-Laure d'Apremont une Normande spécialiste de la Scandinavie, des Vikings et du paganisme!

La femme dans le paganisme nordique, passé et présent, Tradition et identité

Anne-Laure d'Apremont

 

Lorsque l'on évoque le paganisme nordique, aussitôt se dresse devant nos yeux l'image du géant blond, portant épée et bouclier comme si les valeurs masculines et guerrières étaient prédominantes dans le monde du Nord. L'archétype surgissant immédiatement est de type machiste car ledit géant blond est naturellement emprunt de brutalité et d'autoritarisme. On se réfère à un viking plutôt stéréotypé que réel. Cette image d'Epinal, très restrictive, fait l'impasse sur les siècles précédents où le paganisme dominait car l'on oublie que la période viking est essentiellement chrétienne. Nous y ferons quelques incursions lorsque ce sera nécessaire. Notre propos concerne davantage le côté germano-scandinave de la tradition nordique mais cette dernière pourrait aussi bien comprendre un volet sur les Baltes ou les Russes car en dépit des différences ethniques, il existe une communauté spirituelle. Je tiens à préciser que cette intervention se définit plus comme un témoignage personnel qu'une recherche de type universitaire stricto sensu car la tradition et l'identité sont à mon sens une question d'expérience et de vécu, de sensibilité même, plus qu'un sujet théorique que l'on doit aborder d'une manière froide et abstraite.

Puisque le sujet de la présente conférence porte sur la tradition et l'identité, il n'est pas inutile de rappeler ce que fut la tradition nordique d'un point de vue féminin et comment l'identité féminine s'incarna. Nous allons passer en revue la condition et la place de la femme dans la société scandinave ainsi que la place fondamentale des déesses dans le panthéon germano-scandinave, hélas méconnue et déformée.

Ainsi, l'étude des sociétés germano-scandinaves nous enseigne que les femmes étaient réellement respectées, ce que prouve la législation de cette époque. Dans Moeurs et Psychologie des anciens Islandais, Régis Boyer a même écrit : "La femme était l'âme d'une société dont l'homme n'était que le bras." (1)

Dans La Germanie, Tacite parle de " la valeur sacrée de la femme ". Hommes et femmes avaient chacun un rôle bien défini et se respectaient mutuellement. L'on constate donc que la femme, loin d'être un personnage sans âme comme ont tenté de le faire croire certains hommes d'Eglise par la suite, occupait un place à part entière et était vénérée comme l'incarnation d'une déesse. En témoigne encore le fait que la bière, boisson sacrée par excellence chez les anciens hommes du Nord, était fabriquée par les femmes. Si elles ne se mêlaient pas directement des affaires publiques, elles incarnaient le pilier du clan. Elles exerçaient aussi une influence lorsqu'une décision s'imposait concernant les procès, les alliances et diverses questions matérielles. Certes, les mariages étaient arrangés et constituaient une alliance d'intrêts mais la future épouse devait donner son accord. Et lorsqu'elle était mariéée, on la traitait avec respect. Elle pouvait divorcer pour un motif valable comme le non-respect des clauses maritales préalablement établies ou même en raison des railleries insupportables de son mari. Si celui-ci venait à décéder, elle en héritait. Cet héritage comprenait outre la dot qu'elle avait apportée, le douaire, c'est-à-dire l'équivalent fourni lui par l'époux. Dans les temps reculés, la société était de type matriarcal et endogamique, guidée par une aînée, une déesse mère, avec un conseil féminin selon les conclusions de Maria Gimbutas dans The Civilisation of the Goddess. Le mot anglais husband, "mari" est lié à la matrilinéarité qui dominait alors, la lignée maternelle ayant davantage d'importance que la lignée paternelle. Le husbondi norrois ou husbonda vieil anglais signifiant "celui qui tient la maison" ou l'habitant de la maison". Il s'agissait en fait de l'homme qui lors de son mariage venait travailler et vivre dans la maison de son épouse. Puis après les diverses migrations, notamment en Angleterre, les femmes pouvaient possder des demeures en leur nom propre comme le démontre par exemple, le Domesday Book.

La femme apparaissait généralement peu dans la vie publique pour des questions d'ordre physique avant tout : les procès, par exemple, se finissaient souvent en pugilats tout comme les althing. En revanche, elle pouvait s'y faire représenter. Les femmes exerçaient leur souveraineté au sein de leur foyer en portant les clés de la maisonnée à la ceinture. Et il ne s'agissait pas seulement des clefs de la porte d'entrée mais de celles des coffres recelant les objets précieux appartenant au clan. Elles s'occupaient de toutes sortes de tâches matérielles comme la préparation des repas, l'approvisionnement sans oublier le tissage qui ne consistait pas seulement en la fabrication des vêtements mais aussi en celle du vadmal, l'étoffe de bure qui servait de monnaie d'échange lors des voyages à l'étranger. L'éducation des enfants lui revenait et en partie, semble-t-il, leur instruction.

Soulignons enfin une de ses fonctions et non des moindres au regard de cette socité nordique, celle de gardienne des traditions. Un homme en effet n'avait pas d'existence légale s'il n'était pas capable d'énumérer ses ancêtres et collatéraux sur plusieurs générations. La femme enseignait donc à ses enfants son lignage et celui de son époux. Elle incarnait véritablement la mémoire du clan. En outre, nous avons dit que la femme était absente de la vie publique en général mais l'histoire compte nombre de reines qui assurèrent règnes et régences. Citons pour mémoire Gunnhildr de Norvège, Algiva, Astrid, Olga sur laquelle les historiens ne parviennent pas à s'accorder mais il s'agit toujours d'une européenne du grand Nord. Pensons encore à Audr qui deviendra une figure légendaire dans l'Islande du XIIIè siècle. Les sagas dépeignent toujours les femmes comme respectables et respectées même si elle provoque des conflits que les homme sont obligés d'apaiser. Nous sommes loin des images un peu mièvres qui envahiront la littérature classique par la suite. C.S.Lewis a fait une remarque à ce propos, un peu outrancière peut-être mais reflétant en partie la réalité : "Les Norrois traitent leurs femmes non comme des femmes mais comme des gens." (The Allegory of Love).

 

Tout le monde connaît l'existence de ces magiciennes-prophétesses, qui pratiquaient la divination, les volvas. Elles nous permettent d'aborder le rôle religieux de la femme car aujourd'hui, les débats sur l'entrée des femmes dans le clergé animent les autorités présidant aux monothéismes chrétiens mais c'est oublier que celles-ci assumèrent autrefois une charge spirituelle, partout en Europe. Les seidkonas pratiquaient, quant à elles, le seidr, type de magie impliquant la transe et servant à communiquer avec d'autres dimensions de la réalité. Un mot vieil-anglais, haegtessa, fait référence aux prêtresses que l'on consultait pour des questions concernant le clan. Elles arbitraient les querelles, participaient aux conseils de guerre. Bien évidemment leur rôle équivaut à celui des volvas et en comprend d'autres. Les sources islandaises évoquent les gythias, c'est-à-dire les prêtresses présidant aux rituels. La fonction de toutes ces prêtresses est multiple : prophétesses, magiciennes, guérisseuses et législatrices puisqu'elles exprimaient la loi et jouaient un rôle d'arbitre dans les conflits.

Certains termes sont ensuite passs dans le vocabulaire profane pour désigner les sorcières avec toute la connotation maléfique que le pouvoir eccléésiastique s'est ingénié à placer ici. Ainsi, dans les langues indo-européennes, l'étymologie des noms servant à désigner les sorciers et sorcières renvoient à l'idée de connaissance. Prenons deux exemples : le mot witch en anglais et le mot vedun ou vedunja en russe sont construits sur la racine *wid-, "connaître", cette même racine sanskrite qui a donné le Veda, représentant la quintessence de la connaissance chez les Hindous. Nous sommes loin des pratiques sataniques ! La sorcellerie de nos campagnes montre combien l'homme et la femme étaient égaux dans leurs fonctions et prérogatives. Ils étaient mis au même rang et les paysans les redoutaient et les admiraient tout à la fois. C'est d'ailleurs par les pratiques sorcières que l'on a continué à reconnaître la femme dans sa fonction religieuse et magique.

Quant à la religion nordique proprement dite, elle était -et reste- dans son essence très féminine. Il suffit d'examiner le panthéon germano-scandinave pour s'en convaincre. Toutes les déesses nous ramènent à l'idée d'élévation spirituelle, de lumière et de corps de gloire. Elles sont des exemples dont nous pouvons nous servir chaque jour pour évoluer et aussi des clefs vers ces mondes autres auxquels nos sens n'ont pas un accès direct. Les déesses nous invitent à la Connaissance des mystères de notre monde, du visible à l'invisible. La place prépondrante parmi les déesses revient naturellement à Frigg, épouse du dieu Wotan, dont le nom signifie "la Dame" et l'habit de faucon suggère l'ascension. Frigg est la grande souveraine car elle connaît le destin des êtres. Ce sont toujours des êtres fminins qui sont autorisée à lever un morceau du voile. Finalement quel élément revêt plus d'importance que ce fameux Destin, en particulier dans une religion où il est tout, où les dieux comme les hommes y sont soumis ? Ce sont les Nornes qui possèdent une demeure sous l'Arbre du Monde, l'axe primordial, symbole de l'équilibre parfait, du cosmos après le chaos, et tissent le destin des êtres. Urd est la Norne du passé, Verdandi celle du présent et Skuld, celle du futur, mais, et c'est ici que les choses deviennent intéressantes, pas d'un futur absolu, plutôt de "ce qui pourrait advenir. Ainsi, on peut supposer que si les dieux avaient fait ce qu'il fallait, leur destinée aurait été autre. Cet exemple doit nous servir de phare à nous qui revendiquons notre paganisme, nos traditions et notre identité. Nous sommes loin des idées de "karma", de passivité engendrée par une implacable fatalité. Il n'est jamais trop tard, nous sommes toujours en mesure d'agir et cela, sur divers plans : physique, psychologique, spirituel.

Revenons brièvement à Frigg pour rappeler qu'elle connaît aussi le langage des végétaux, minéraux et animaux puisque tous, sauf une pousse de gui négligée, lui promettent de ne nuire d'aucune manière à son fils, Balder. Cette faculté nous montre à quel point notre environnement n'est pas neutre. Tout est vie et langage. Chaque élément est détenteur d'un esprit. Nous pouvons aussi en tirer des conclusions pour nous en tant qu'individus mais aussi membres de la société. A notre tour, nous pouvons essayer de nous mettre en résonance avec notre environnement et pourquoi pas de décrypter ce qui nous entoure. La Nature peut nous délivrer des messages, fournir des réponses aux questions que nous nous posons. Ensuite, nous avons aussi la preuve qu'un combat pour la défense de l'environnement, l'écologie, ne peut s'inscrire que dans une perspective sacrée et pas seulement purement économique et matérialiste. Certaines expériences ont été menées en ce sens et quelles que soient les dérives qui ont pu en découler, ces expériences reconnues scientifiquement sont intéressantes et porteuses d'espoir.

Les déesses nous invitent encore à prendre conscience de l'importance du clan et des ancêtres. Ainsi, la Connaissance est aussi l'apanage de Saga qui incarne la mémoire du peuple. Elle nous rattache à nos ancêtres dont le culte s'est aujourd'hui perdu dans le fond des âges et échappe à nos contemporains. Il ne s'agit pas de vénérer les ancêtres par crainte d'un châtiment ou pour simplement se les concilier et obtenir quelque gain mais de se rappeler la valeur du sang, considéré autrefois comme véhicule de l'âme. Le culte des ancêtres nous rattache à notre chaîne familiale et outre une valeur sacrée, il comporte un aspect psychologique non ngligeable, surtout en cette période où la modernité conduit à l'errance. La psychologie moderne montre combien l'influence des ancêtres est importante sur notre comportement actuel même si elle est inconsciente. Un drame, par exemple, non exprimé verbalement mais inscrit dans l'inconscient produira des effets à notre insu. Passé, présent et futur sont inexorablement liés, ce que démontre cette chaîne des ancêtres. C'est ainsi que la tradition permet à notre identité de surgir.

Les divinités quelles qu'elles soient et leurs mythes peuvent aussi nous aider en nous montrer la voie de la transmutation. A son tour, Gefjion ("la dispensatrice) , la patronne des jeunes filles, évoque celle-ci. Elles est vierge et servie par toutes les femmes qui meurent vierges. Son nom la rattache à la terre en tant que dispensatrice accordant l'abondance et sa virginité est naturellement à rapprocher de celle la terre avant les semailles. Cette virginité doit enfin se comprendre sur un plan spirituel et symbolique. Aucune notion de morale chrétienne n'intervient ici. Il s'agit d'un état de pureté intérieure après un processus de purification qui permet d'aborder une autre étape sur le sentier spirituel. L'état de virginit est celui de la non-manifestation, un état au-delà de l'espace et du temps, une sorte d'empire du Milieu, c'est-à-dire de l'homme accompli. Julius Evola décrit cet état de la façon suivante :

"En réalité, ce qui importe le plus dans tout cela, c'est la capacité de la materia prima de recevoir toute forme et de s'en imprégner sans être jamais épuisée, sans être possédée dans sa racine ultime. La virginité par conséquent, désigne ici le fait d'être insaisissable, abyssale, le caractère ambigu et élusif de la "femme divine"... " (2)

L'image de Fulla dont le nom signifie "plénitude", incarne cette femme divine, parvenue à la réalisation de son être. Servante de Frigg, elle a la garde de ses chaussures et porte son coffret. Son front est ceint d'un bandeau d'or, il ne peut que faire penser à l'aura dorée que l'on perçoit après l'émergence du plus subtil. Quant aux chaussures et au coffret, sans doute peut-on comprendre ces symboles comme ce qui mène vers le trésor caché et le trésor lui-même, c'est-à-dire le cheminement vers la connaisance.

Les déesses embrassent le champ céleste et à son tour le champ terrestre. Le culte de la terre revêt une grande importance dans le paganisme nordique. Différentes déesses l'incarnent : la Terre-Mère est symbolisée par Jord, la terre hivernale par Skadi.. La déesse qui incarne le réveil printanier de la nature est Ostara dont le nom a donn "Easter" en anglais et "Oster" en allemand pour Pâques. Il est intressant de noter que seul Bède la Vénérable mentionne cette déesse mais dans les mouvements païens nordiques actuels, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, elle attire une ferveur particulière. Elle a donné son nom, entre autres, au cercle interne de l'Odinic Rite.


Ciel, Terre et royaume caché...Voici Hel, "la dissimulatrice", déesse du royaume des morts qui comporte neuf demeures. Si les chroniqueurs chrétiens en ont donné une description terrifiante émanant de leurs propres croyances, son étymologie nous invite à réfléchir sur ce qu'elle est réellement et ce qu'elle incarne, la mort. Elle "dissimule", c'est-à-dire qu'elle rend invisibles les êtres défunts aux yeux des vivants, nous prouvant qu'ils ont franchi une étape, un passage. Ils n'ont pas disparu. Le royaume de Hel ayant revêtu toutes les apparences de l'enfer chrétien, il était donc logique que celle-ci apparaissent sous les traits d'un diable en jupons. Mais elle est en réalité la gardienne d'un seuil. Nous trouvons grâce à un mythe féminin la réponse à la question principale que nous nous posons tous, celle de la mort. A notre époque, on tente totalement d'occulter la vieillesse, de la retarder, de retarder l'échéance de la mort. Cette période de la vie n'est plus un signe de sagesse, elle ne signe plus l'expérience. Bien sûr, on peut entendre celle-ci sur un plan symbolique, voire spirituel, la mort à soi-même après une transformation intérieure.

Walkyries, Dises et Nornes jouent aussi le rôle de gardienne du seuil et du passage entre les sphères invisibles au monde profane. Les premières, vierges guerrières au service du dieu Odin, choisissent les guerriers qui doivent tomber au combat puis les ramènent au Walhalla. On peut supposer alors que le terme "guerrier" ne renvoie pas à un sens purement physique. Le "héros" d'autrefois n'était pas seulement le vaillant combattant. La guerre n'est pas tant le combat extérieur, contre des ennemis tangibles que le combat intérieur, lutte sans merci contre le ""petit moi".

Enfin, et j'en aurai terminé avec ce tableau des déesses en tant qu'exemples pour nous-mêmes et pour notre compréhension du monde, des mondes et de leurs mystères, le cas d'Idunn mérite toute notre attention. Puisqu'elle est la gardienne des pommes d'or, du secret de l'immortalité, les dieux rajeunissant grâce à celles-ci, elle défie l'espace et le temps. Toutes les barrières qu'échafaude notre conscience ordinaire, sont abolies. La quête d'immortalité est un rêve qui a alimenté le vampirisme ou l'alchimie, ou encore d'autres sentiers spirituels. La question de l'espace et du temps est l'une des préoccupations majeures des scientifiques et il serait intéressant d'établir un parallèle entre un mythe tel que celui-ci et les théories scientifiques de ces vingt dernières années sur le sujet.

Il existe encore maintes déesses que nous ne pouvons aborder en détails ici. Nous pourrions évoquer les archétypes dérivés des déesses comme les personnages féminins liés au Jul dont le symbolisme est lui aussi très riche. L'important est de comprendre qu'elles peuvent nous aider dans notre recherche. Ainsi apparaît la possibilité de vivre un paganisme qui n'est pas désincarné, s'étendant des plus hautes sphères jusqu'à nos préoccupations les plus immédiates.

Nous avons examiné différents aspects de la sociét et de la religion païennes mais une réflexion plus poussée sur la rôle de la femme aujourd'hui et la manière dont elle peut vivre le sacré est ouverte et chacune peut y apporter sa contribution. De plus en plus, les femmes jouent un rôle actif pour promouvoir leurs traditions et leur identité et qui toutes, ont une personnalité intéressante : Freya Aswynn en Grande-Bretagne, Sigrun von Schlishting en Allemagne, qui restaure aussi un château en Pologne, Else Christiensen aux états-Unis qui, elle, a effectué un séjour en prison. Les groupes païens nordiques ou odinistes (je n'apprécie pas trop ce terme réducteur) suscitent l'intérêt de plus en plus de femmes. Le cas de la France est particulier car beaucoup de femmes isolées cherchent à s'engager davantage mais pour toutes sortes de raisons, l'adhésion à un groupe n'est pas évidente. La France est dominée par son caractère latin et les gens n'ont souvent pas conscience de leurs racines ou à un niveau très superficiel.

Il est bien évident que l'on ne peut remonter en arrière tant notre civilisation a changé, peut-être cependant pouvons-nous tenter de nous adapter aux circonstances mais il existe plusieurs voies pour qu'enfin notre tradition et notre identité s'affirment. Nous observons une inversion totale des valeurs et celle-ci ne date pas d'aujourd'hui. Il semble que les hommes ont perdu la conscience des valeurs masculines et que les femmes ne ressentant pas la force et la sécurité nécessaires chez leurs compagnons se battent sur leur terrain pour trouver cette sécurité et avoir l'impression d'exister. Notre réflexion peut s'orienter dans plusieurs directions : ainsi, la réhabilitation du rôle de mère est-elle fondamentale. Si nous voulons prétendre agir sur la société, il faut commencer à la base. Ensuite, je crois qu'il est nécessaire de réhabiliter les valeurs dites féminines comme l'intuition et la réceptivité et en revenir à notre environnement immédiat, la nature, les saisons, les éléments, l'air, la terre, le feu, l'eau. Les médecines traditionnelles, chinoises, ayurvédiques, avaient pourtant bien compris que c'est un déséquilibre de ces derniers à l'intérieur de corps et au niveau des corps énergétiques, qui engendre les maladies. En astrologie également, les éléments sont indispensables pour comprendre la psychologie d'un être. Ces choses toute simples sont "passées à la trappe", or c'est en retrouvant les sens des éléments et des cycles que l'on peut rétablir un ordre naturel. La femme un vecteur intééressant pour cela puisqu'elles possèdent des prédispositions naturelles. Et les hommes doivent aussi prendre conscience de leur partenariat. Le féminisme a placé en rivalité hommes et femmes alors que c'est en coopérant que nous parviendrons à construire. Une femme qui revendique son paganisme peut essayer de retrouver le chemin des dieux et déesses des temps anciens. L'action au quotidien au sein du foyer ou d'une association, n'est pas la seule voie possible. Sa vie spirituelle peut être riche. Le sentier vers les dieux, c'est aussi retrouver sa dimension intérieure la plus sacrée pour pleinement reconquérir son identité.

Notes:

1. Régis Boyer, Moeurs et Psychologie des anciens Islandais, p.107, Editions du Porte Glaive, Paris, 1986.
2. Métaphysique du sexe, Paris, 1989, p.173


J'aimerais aborder ce thème pour montrer aussi, que nous autres peuple des forêts ne portons pas en nous cette "haine intrinsuèque de la femme" importée par les religions du désert qui sous couvert de culpabilisation asservisse la femme Européenne! Tout comme il nous faut affirmer que nous ne sommes pas raciste mais ethnodifférencialistes, il faut affirmer que nous ne sommes ni sexiste ni machiste, mais encore mois féministes! Il y à des différences fondamentales entre les sexes ( que ce soit physique comme spirituel) , elles sont là, les nier serait absurde, les utiliser pour asservir l'autre, tout autant! Reconnaissons juste ces différences et respectons les! Mais n'oublions jamais que les femmes doivent avoir tout notre respect car elles sont la clé de voûte de notre civilisation!

Posté par Siegfried à 16:28 - Femme Européenne - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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