01 février 2005

Verden



Verden an der aller, un grand symbole

Charlemagne, empereur mythisé, n'a jamais dominé simultanément la totalité de l'empire qui lui fut attribué. Il eut à combattre alternativement les Lombards, les Saxons, les Basques et à la fin de son règne, les Vikings venaient le narguer jusque sous les murs de son palais à Aix-la-Chapelle.

Mais les plus coriaces de ses adversaires furent assurément les Saxons.

 
La croisade de la croix

Au solstice d'été 772, les Francs attaquèrent par surprise le grand temps des Externesteine près de Padeborn et de Horn. Cet acte constituait là une double félonie, impensable pour un esprit saxon, emprunt de droiture et d'honneur : l'attaque surprise. La loi Germanique exigeait que l'on prévienne l'adversaire du lieu et du moment de l'attaque. De plus, le viol d'un sanctuaire était encore moins imaginable pour un païen germain.

Naturellement, les Saxons désarmés furent écrasés.

Mais les Francs christianisés n'en restèrent pas là. Ils détruisirent tous les symboles sacrés et firent éclater le dôme de l'observatoire en engageant des poutres dans des entailles et en les mouillant ensuite pour faire éclater la roche (le nom Externesteine est la déformation de Eckensternensteine, pierres des étoiles d'angles).

En 774, par les capitulaires de Paderborn, Charlemagne interdit sous peine de mort tous les cultes païens et même les coutumes traditionnelles associées, y compris la consommation de la viande de cheval. La peine de mort fut également décidée pour tous ceux qui participeraient aux rassemblements du Thing ou qui refuseraient le baptême chrétien. Le génocide culturel était parfait.

La révolte fut générale et les Francs eurent beau brûler des centaines de villages, massacrant tous les habitants sans considération d'âge, ni de sexe, ils perdirent néanmoins une importante bataille le long de la Süntel au cours de laquelle le maréchal Geilo fut tué. Aussi, la colère de Charlemagne devint démentielle.

 
Un génocide de droit divin

En 782, sur les conseils du moine Eginhard qui pensait non sans raison que le cœur de la résistance était religieux, il fit rassembler 4500 Godhar, prêtres et nobles païens à Verden an der Aller et leur donna comme seule alternative : le baptême chrétien ou la décapitation. Pas un ne recula.

4500 têtes tombèrent donc en lieu qui a conservé son nom de Blutbecken (bassin de sang). Une croix insultante de 4m de hauteur s'y élève aujourd'hui. Les chrétiens seraient bien en peine d'évoquer un exemple d'une telle ampleur dans leurs rangs.

Sous le régime hitlérien, la SS y installa une école de cavalerie et y fit dresser une double rangée de 4500 pierres commémoratives décrivant une double ellipse dont le grand axe mesure 600mètres.

Nombre de ces pierres sont aujourd'hui souillées de croix ou d'inscriptions chrétiennes. Le fanatisme chrétien n'a pas désarmé et ne désarmera jamais : une école protestante veille désormais sur les lieux et a remplacé l'école de cavalerie…

Que Verden an der Aller reste un ostensoir dans notre souvenir. Ne manquons pas une occasion de faire connaître ce lieu et de l'honorer. Mais ne laissons pas l'arbre cacher la forêt. Viols et souillures eurent aussi lieu dans toute la Germanie, toute l'Europe et dans le monde entier.

Aujourd'hui les vents de folies issus du Sinaï reprennent de l'ardeur. Regardez-les ces fondamentalistes, qu'ils soient juifs ou musulmans. Ils ont les mêmes barbes, les mêmes regards allumés de folie, les mêmes désirs de domination. Qu'ils s'exterminent entre eux à loisir !

Mais notre vigilance envers eux doit être tous azimuts et sans relâche.

R.Dun

Saxons

 

 

Chanson de Dr Merlin : Verden

 Quelques milliers
Dans un grand pré
Juste des pierres
Dessus la terre
Ils ont payé
Pour leur fierté
Tous ces Saxons
Qui ont dit non

Refrain
Verden (bis)
Et cette croix
Qu'ils ont mis là
Pour vous garder
Vous humilier
On est pas prêts
De l'oublier

Guerriers vaincus
Pâles et nus
C'était pas dur
Un p'tit parjure
Rien qu'une fois
Dire je crois
Mais se mettre à genoux
C'était plus fort que vous

Une fois tous tués
Qu'est-ce qu'il restait ?
Vos terres données
A des curés
Et vos enfants
En "communiants"
Les Dieux se noyant
Dans votre sang

Mille ans après
Si vous saviez
Y'a quelques fous
Qui pensent à vous
Qui pourraient les
R'garder crever!
Mais vos pierres
Réveillent notre colère

Refrain 2
Verden (bis)
Car cette croix
Qu'ils ont mis là
On en fera
Du petit bois
Car pardonner :
On connaît pas !

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06 janvier 2005

Thermopyles

« Passant va dire à Sparte… »


En 480 av. J-C, 10 ans après la défaite de Darius à Marathon, Xerxès, le roi des Perses, ayant décidé d'en finir définitivement avec la Grèce, une armée de près d'un million d'homme s'apprête à débarquer sur les côtes de l'Europe.

Les peuplades de toute l'Asie, aux traits mongols, négroïdes ou sémites, déferlent dans un vacarme de haine et de destruction. Le danger est immense. La jeune Europe va-t-elle mourir avant d'avoir vécu ?

Le destin paraît jouer.

Au bord de la mer, le défilé des Thermopyles, long de 6 kilomètres et large de 20 mètres, ouvre un passage aux Orientaux. Devant un million d'assaillants, six milles Grecs coalisés sous le commandement du roi de Sparte, Léonidas, attendent le déferlement des Barbares.

Au premier rang, vêtus de la tunique d'un rouge pourpre qui cache les blessures lors des combats, trois cents Spartiates aux cheveux longs ont juré de mourir sur place plutôt que de reculer. Ils sont l'élite de la Grèce Antique !

Formés à la rude école de la cité de Sparte, premier Etat « totalitaire » moderne, à la tête de la société des égaux, dix mille citoyens, élite militaire et politique constituent, constituent une Aristocratie. Ce sont les Doriens, la race des seigneurs. De l'enfance jusqu'au seuil de la vieillesse, ils pratiquent uniquement les vertus militaires et ne vivent que pour savoir mourir. Il n'y a pas de place pour les êtres faibles, ils pratiquent la religion du corps et éprouvent du mépris pour l'existence.

Ce sont d'inhumains héros qui forcent à la fois la crainte et le respect du guerrier. L'efficacité de leur combativité repose sur la camaraderie, la solidarité du groupe et un entraînement militaire intensif.

Durant quatre jours Xerxès attend que les Grecs déguerpissent au profit de la nuit, mais les Grecs sont toujours là. Etonné de cette audace, le maître de l'Asie fait un geste du bras et par dizaine de milliers les Barbares se jettent en hurlant sur la poignée de Grecs. Face au mur des épées, ils ne passent pas.

Le Grec Ephialtès, traître par les traîtres, conduit les Perses par un chemin de montagne à l'arrière des positions grecques. Pris « entre deux feux », Léonidas décide de ne garder que trois cents Spartiates, au courage insensé, qui permettent la victoire de l'Europe.

-« Rends tes armes » s'écrie Xerxès !

-« Viens les prendre » répond Léonidas.

Formant un carré autour de leur chef, pendant trois jours et trois nuits de combats féroces et acharnés, à coups d'épées et de poings, ils luttent jusqu'au dernier. Trois cents morts pour sauver la civilisation européenne du déferlement asiatique.

Plus de 20000 Orientaux jonchent le sol. Ivre de haine, Xerxès fait décapiter le cadavre du roi de Sparte. La victoire du Perse est un bain de sang Barbare.

Le temps gagné a permis aux Grecs de s'organiser, et le 29 Septembre -480 la flotte grecque entre Le Pirée et Salamine détruit l'armada perse ; dans la foulée, la coalition des cités menée par Pausanias fera un carnage dans le camp asiate.

La même année, Gelon, tyran (c'est-à-dire dirigeant) de Syracuse écrase l'alliée de Xerxès, le Carthaginois Halmicar. La défaite afro-asiatique est totale. Le génie Européen antique peut éclater à la face du monde !

Sur la colline du courage où sont tombés les 300 « kamikazes » est gravée la parole du poète Simonide : « Passant, va dire à Sparte que ses guerriers sont mort pour obéir à la loi.»

Aujourd'hui le péril est identique, voire plus grand car nous sommes conquis et minés de l'intérieur. Mais aux portes de l'Europe nos frères Serbes et Russes, forgés par une mentalité impitoyable (c'est pour cela qu'on les apprécie), combattent les armes à la main nos éternels ennemis.

Ici, pourris par la démocratie multiraciale et matérialiste, ce n'est qu'en réhabilitant nos valeurs guerrières et spirituelles que nous pourrons reprendre l'offensive et affronter les terribles combats des guerres civilisationnelles et existentielles. Mais ayons touours au plus profond de notre mémoire le sacrifice des Spartiates et de leur chef Léonidas : « Un Spartiate ne se rend pas, il meurt ! » Alors, tels des mortels, certains que la gloire de nos faits d'armes maintiendra vivant notre souvenir lorsque nos corps auront été réduits en cendres, nous pourrons affronter sans peur, un siècle de fer, de feu et de sang.

 

 

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La Bataille du Kahlenberg




Comme Poitiers en 732 et Grenade en 1492, Vienne en 1683, est un haut lieu de la résistance européenne millénaire à l'expansionnisme musulman.

Le 12 septembre 1683, au matin, un voile de brouillard recouvre la colline du Kahlenberg qui domine Vienne, la capitale du Saint-Empire.

Depuis deux mois, la ville est assiégée par les Turcs. Mais aujourd'hui, l'armée européenne venue secourir les Viennois est sur le point de donner l'assaut aux Ottomans.

Pour l'heure, elle assiste à la messe préparatoire, dite par le capucin frioulan Marco d'Aviano, conseiller spécial de l'Empereur Léopold Ier. Dans son prêche, il remémore à tous les innombrables atrocités commises par les Turcs et leurs alliés bosniaques, tziganes et albanais en Serbie, en Hongrie, en Carinthie et dans le Frioul...

Le Roi de Pologne, Jean III Sobieski, est le Commandeur de cette armée qui s'apprête à affronter un adversaire supérieur en nombre : face aux 150 000 Turcs, dotés d'une artillerie de gros calibre dont personne ne dispose en Europe, il ne dispose que de 70 000 hommes.

Au même moment, côté ottoman, l'armée du Grand Vizir Kara Mustapha (Mustapha le Noir) est rassemblée derrière la bannière du Prophète que leur a confiée le Sultan Mohammed IV et haranguée par le Cheik Vani Effendi qui, à la suite du passage de la comète de Halley, prévoit la victoire mondiale de l'Islam sur les peuples chrétiens.

Bientôt, la bataille fait rage. Elle va durer la journée entière, avec des fortunes diverses jusqu'à ce que le Prince Eugène de Savoie, chef de la cavalerie impériale parvienne, à la tête de ses cavaliers polonais, épaulés par six mille lances lombardes, à percer la ligne de siège des Turcs. Il réussit ainsi à pénétrer dans la ville et à porter secours aux Viennois épuisés.

À la tombée du jour, les Turcs abandonnent le terrain, laissant derrière eux près de 15 000 morts et une bonne part de leur artillerie.
Vienne a tenu bon, Vienne est libérée.
Lors du Te Deum solennel dans la Cathédrale Saint-Étienne, c'est encore le Père d'Aviano qui officie. Il n'hésite pas à inviter l'Empereur, le Roi de Pologne et le Prince Eugène à continuer la guerre jusqu'à la libération de Budapest et de Belgrade.

Seize années plus tard, en 1699, le chef-d'oeuvre diplomatique du Père Marco est achevé lorsque, après avoir été chassé de Carinthie d'abord, puis de Slovénie, de Croatie, de Hongrie, de Transylvanie et d'une bonne partie du territoire serbe, l'Empire Ottoman signe la paix de Karlowitz, par laquelle il renonce à conquérir l'Europe continentale.

Grâce à l'inspiration du Père Marco d'Aviano, au bon sens des souverains de la Chrétienté et au courage de ces 70 000 soldats accourus de tout le continent pour défier un ennemi deux fois plus nombreux, la "Porte de Fer" du Danube est demeurée infranchie. À l'abri de la menace musulmane, les peuples d'Europe vont pouvoir continuer à vivre et à prospérer.
Si, pour nous, les acteurs de cette page héroïque sont méconnus, Polonais, Viennois et habitants du Frioul, eux, se souviennent.

Les premiers, de Jean Sobieski, l'un de leurs plus grands rois ; les seconds, de la résistance acharnée de leurs ancêtres ; les derniers, du Père Marco d'Aviano, qu'ils ont honoré à leur manière, non seulement en donnant son nom à l'aéroport de leur capitale régionale, Trieste, mais surtout en entreprenant sa demande de béatification, malgré les cris de protestation des ethno-masochistes locaux, qui le tiennent pour un dangereux "belliciste".



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27 décembre 2004

Histoire de l'Europe

L'offensive chrétienne contre les Scandinaves


 

Les premières missions

L'essentiel de nos sources pour l'étude de la christianisation de la Scandinavie a été rédigé en latin par des scribes chrétiens. Ils nous donnent un point de vue extérieur à la société décrite. Ces récits sont donc peu fiables et peu objectifs. Nous pouvons comparer avec les textes de tacite (Germania, rédigé vers ± 43) qui nous présentaient une interpretatio romana de la Germanie. Tacite et les autres auteurs romains identifiaient et comparaient les dieux du Nord avec les dieux gréco-romains. De ce fait, ils les acceptaient vraiment comme des dieux. Les écrivains chrétiens, en revanche, donnaient une interpretatio christiana et qualifiaient les dieux nordiques de puissances mauvaises (unholde), de démons (daemon), de diables (diabolus), etc. Ils les dénigraient systématiquement pour mieux glorifier leur propre dieu unique. Alors que les Romains manifestaient une relative indifférence puisque la notion divine des Germains n'était pas en contradiction avec la leur, les chrétiens, au contraire, affichaient une profonde hostilité, un mépris agressif et un dogmatisme intolérant pour toutes les conceptions différentes de la leur.

De plus, le prosélytisme évangélique a, au cours de l'histoire, accumulé tant de victoires que ses apologistes en déduisent une prétendue supériorité intrinsèque de la doctrine chrétienne. la réalité est pourtant tout autre: le christianisme a effectivement démontré l'efficacité de ses techniques de conversion, mais cela n'a jamais prouvé la suprématie réelle de son dogme. Par ailleurs, les campagnes d'évangélisation ont parfois connu des revers cuisants qu'il est bon de souligner. Ce fut notamment la cas des peuples scandinaves qui résistèrent longtemps à la christianisation.

La première tentative missionnaire fut le fait du moine anglais Willibord, sacré archevêque par le pape, qui se rendit au danemark vers l'an 700 pour y prêcher. Il n'y obtint aucun succès: ni le roi ni le peuple ne répondirent à son appel. L'échec était tellement patent qu'en 789, Alcuin écrivait à un abbé de Saxe pour lui demander s'il était permis d'espérer la conversion des Danois. Une tentative limitée eut pourtant bien lieu vers 804, quand Liudger évangélisa, avec la permission de Charlemagne, l'Ile de Heligoland.

 

La "Vita Anskarii"

Notre principale source pour les missions suivantes est la Vita Anskarii, d'une valeur historique médiocre mais fort instructive sur certaines coutumes scandinaves; par exemple, la pratique du tirage au sort, les débats du Thing (l'assemblée populaire), les réactions païennes, le culte du roi, etc. En 823, Ebbon, archevêque de Reims d'origine allemande, partit en délégation au Danemark. Il y prêcha pendant un été, puis s'en revint apparemment déçu. A ce moment, des querelles dynastiques au Danemark fournirent à Louis le Pieux (Hludowic) l'occasion d'intervenir dans leurs affaires et d'envisager la conversion du pays. Tout d'abord, en 826, il parvint à faire baptiser solenellement Harald Klak, un prince danois en exil. Ensuite, il chargea le moine Ansgar d'accompagner Harald dans son retour au pays. Pour entreprendre sa campagne d'évangélisation, Ansgar entassa dans le navire des objets de culte d'une grande magnificense et de nombreux cadeaux destinés aux futurs convertis. Arrivé au Danemark, il acheta un groupe d'enfants afin de les élever en vue du service divin. Attaché à la personne de Harald, il partagea son impopularité et son infortune. Tous ses efforts pour fonder une église furent vains et son échec fut aussi complet que ceux de ses prédécesseurs.

 

La première église de Scandinavie

En août 829, une nouvelle occasion se présenta. Une ambassade de Suède à Worms fit part à l'empereur que les gens de leur nation désiraient recevoir le baptême. Aussitôt Ansgar se joignit à une troupe de marchands qui se préparaient à partir vers le Nord. Au cours du voyage sur mer, des vikings saisirent les cadeaux destinés à l'avancement de la mission. L'expédition continua alors à pied pendant de longues journées vers le port de Birka, aujourd'hui Björkö (= "île aux bouleaux"), situé sur le Lac Mälar. Le roi Björn accorda aux missionnaires l'autorisation de s'établir, de prêcher, de convertir et de construire une église sur un terrain privé, la première église de Scandinavie. La mission rencontra dans cette ville des prisonniers chrétiens parmi lesquels elle recruta ses premiers fidèles et baptisa quelques marchands. Après dix-huit mois de labeur, Ansgar retourna auprès de Louis le Pieux. Fort content des résultats obtenus, l'empereur et le pape choisirent Ansgar comme premier évêque de Hammaburg (Hambourg).

Un parent de l'archevêque Ebbon, un nommé Gauzbert, fut choisi pour continuer l'évangélisation de Birka. Soutenu moralement et matériellement par l'Eglise et l'empereur, il prêcha, fit construire une seconde église et poursuivit son ¦uvre apostolique pendant de nombreuses années. Soudain, en 845, une émeute populaire éclata contre les chrétiens. La demeure de Gauzbert fut pillée, son neveu fut tué, les chrétiens furent couverts d'opprobe puis expulsés. Pendant sept ans, la Suède ne connut plus la présence d'un ministère sacerdotal.

Herigar (Hergeir), préfet de Birka, était l'un des plus anciens convertis. Il ne dissimulait pas son attachement au Christ et continuait à prêcher malgré la réprobation et les insultes de ses concitoyens. Les Suédois lui rétorquaient en louant leurs dieux auxquels ils étaient redevables de leur prospérité et reprochaient à Heirgar d'avoir follement renoncé aux croyances de ses ancêtres et de s'être volontairement séparé de la communauté.

Quand Herigar endura une pénible souffrance aux jambes, beaucoup vinrent lui rendre visite et lui conseillèrent de sacrifier aux dieux pour retrouver la santé. D'autres l'insultaient parce qu'il n'avait plus de dieux et lui disaient que c'était pour cette raison qu'il n'était pas bien portant. Il ressort de cet épisode que chez les Suédois le culte était uti-litaire et qu'ils voyaient dans la conversion au christianisme la rupture de la solidarité du peuple.

 

La mission d'Ansgar au Danemark

Suivant une des tactiques évangéliques, les mis-sionnaires s'efforçaient de gagner le peuple en convertissant tout d'abord le souverain. C'est avec cette intention qu'Ansgar partit en délégation en 848 auprès du roi Haarek (Horic) de Danemark. Il lui parla du Christ, s'efforça de gagner sa sympa-thie en lui offrant des cadeaux, en lui rendant des services, bref, en essayant de se rendre indispen-sable. Il proposa le baptême au roi mais malgré tous ses efforts, il ne l'obtint pas. Par contre, il ar-racha l'autorisation de bâtir une église à Schles-wig (Sliaswich). Les premiers convertis, après les esclaves, furent des marchands habitués à côtoyer les chrétiens dans le cadre de leurs activités.

En 852, année où mourut Herigar, Ansgar partit pour Birka, accompagné de prêtres et fort de lettres de recommandation de Louis le Germa-nique (Hludowic) et d'un passeport du roi de Da-nemark. Or, à ce moment-là, le roi et le peuple de Suède étaient extrêmement toublés. En effet, peu de temps auparavant, quelqu'un avait déclaré avoir pris part à un conseil des dieux du pays (in conventu deorum qui ipsam terram possidere) et avait été chargé par eux d'une mission auprès du roi et du peuple. "Nous vous avons toujours favorisés, avaient dit les dieux, nous vous avons donné l'abondance, la paix et la prospérité. de votre côté, vous nous avez offert les sacrifices et les hommages auxquels nous avions droit. Or voici que vous vous montrez plus négligents dans notre ser-vice. Mais vous nous déplaisez encore davantage en introduisant parmi nous un dieu étranger que vous nous préférez (alienum deum super nos in-troductis). Le culte de l'autre dieu qui s'oppose à nous ne peut être accepté. Si nous ne vous suffisons plus et si vous désirez un dieu en plus, nous admettons unanimement dans notre collège Eric qui fut jadis votre roi". Les Suédois, honorés de l'attention de leurs protecteurs célestes, élevèrent un temple à Eric et lui offrirent des sacrifices.

Donc quand les chrétiens de Birka apprirent l'arrivée d'Anschaire (Ansgar), leur épouvante se donna libre cours. Son séjour en Suède ne pouvait actuellement servir à rien. Le missionnaire serait bien heureux, s'il pouvait, au moyen des présents apportés par lui, acheter du roi la liberté de s'en aller du pays, la vie sauve.

 

Ansgar invite Olaf

Mais Ansgar adressa directement au roi Olaf une invitation à sa table. Olaf avait été mis au courant de l'arrivée de l'archevêque par un de ses courtisans et par des chrétiens. Il accepta l'invitation. Le roi se fit lire les lettres de Louis le Germa-nique. Il écouta le message de l'ambassadeur du roi Horic, dont voici la teneur: "Cet homme m'est bien connu; jamais je n'en ai rencontré de plus ex-cellent; en aucun autre, je n'ai placé autant de confiance. Je l'ai donc autorisé à régler dans mon royaume toutes les affaires de la religion chré-tienne. Je vous prie de lui accorder une semblable latitude dans le vôtre, car il ne veut rien accom-plir que de bien et de juste". Les présents remis à Olaf lui plurent beaucoup (citations extraites de la Vita Anskarii  traduite par Edouard de Moreau sous le titre de "Saint Anschaire", Louvain, 1930, p.100).

Mais Olaf ne disposait pas du même pouvoir que Horic de Danemark. Car c'était la coutume chez les Suédois que les affaires publiques dépendent plus de la volonté du peuple que de la puissance du roi. "Je vous accorderais volontiers, dit-il à l'archevêque, la liberté que vous souhaitez. Mais ce n'est pas un ordre royal qui, jadis, a chassé vos clercs, c'est une émeute populaire. Aussi ne puis-je consentir à votre mission avant d'avoir consulté les dieux et mon peuple. Au plaid prochain, je par-lerai en votre faveur. Si mon avis triomphe, vous serez libre pour agir. Si le contraire se produit, je vous le ferai savoir aussitôt".

Le roi avait parlé d'un "plaid". En réalité, il dut en tenir deux, l'un à Birka; le second dans une autre partie du royaume. Le roi réunit d'abord ses conseillers. Ceux-ci, comme dans toutes les graves résolutions à prendre, décidèrent de demander l'avis des dieux. Etant sortis dans un champ, ils consultèrent le sort. Le sort se montra favorable à l'établissement du christianisme. Quelques jours après, avait lieu l'assemblée populaire à Birka. Conformément à la coutume, le roi fit faire une proclamation par un héraut. Elle portait sur l'ob-jet de la mission d'Ansgar. Alors les assistants commencèrent à émettre leur avis. Ils étaient loin d'être d'accord et, dans le tumulte, on avait de la peine à s'entendre. L'assemblée se trouvait sans doute encore sous l'impression du message des dieux. Alors un vieillard se leva. Il rappela que le dieu des chrétiens avait déjà témoigné sa bienveil-lance à plusieurs d'entre eux, soit dans des expé-ditions maritimes soit à d'autres occasions. "N'ex-pulsons pas les serviteurs de celui qui nous a se-courus dans tant d'occasions". Gagné par ces pa-roles du vieillard, le peuple accorda aux prêtres chrétiens la liberté de prêcher et d'administrer les sacrements. La seconde consultation populaire se termina de la même façon. Mais, cette fois, Olaf se chargea lui-même de notifier par décret aux chrétiens la volonté populaire.

Ainsi, il était désormais permis de bâtir des églises en Suède; les prêtres y avaient la faculté d'exercer librement leur ministère; les habitants pouvaient à leur gré adhérer au christianisme. Le prêtre Erimbert fut aussitôt présenté au roi et installé dans ses fonctions. Olaf lui donna un terrain pour y bâtir un oratoire, le troisième à Birka. Sa mission achevée, Ansgar reprit le chemin de Hambourg.

Le revirement

En 854, le roi Haarek (Horic) de Danemark et son neveu Gudurm engagèrent un combat dans lequel ils périrent, ainsi que de nombreux notables, dont des amis de l'archevêque. Quelques païens profi-tèrent adroitement de cette circonstance et s'entendirent pour circonvenir le jeune roi Haarek (Horic). Si tant de maux venaient de s'abattre sur le pays, lui disaient-ils, c'était parce qu'on avait délaissé les dieux nationaux et admis un dieu étranger. Le gouverneur de la ville de Schleswig se montrait le plus acharné. Un beau jour, il fit fermer l'église du lieu, la seule du Danemark, et prohiba le christianisme. Le prêtre dut prendre la fuite.

Informé de ce revirement, Ansgar jugea que sa présence était indispensable. Après une entrevue minutieusement préparée, il obtint du roi le renouvellement des anciennes autorisations. Haa-rek le jeune consentit, malgré l'hostilité des païens, à ce qu'on plaçât une cloche dans l'église. Avec sa permission, un second centre chrétien s'établit à Ribe, sur la côte ouest du Jutland. Le roi donna un terrain pour la construction de l'église et consentit à ce qu'un prêtre fût nommé pour la desservir régulièrement. Par la suite, le pape déploya sa subtilité épistolaire pour gagner Haarek au christianisme. Mais malgré ses prières et ses exhortations, le roi n'accepta point le baptême.

Pendant ce temps, de 852 à 865, plusieurs mis-sionnaires se succédèrent à Birka mais récoltèrent plus de déboires que de succès. Le cercle des fi-dèles ne s'élargit pas. Après la mort d'Ansgar en 865, ses successeurs conservèrent à grand prix l'acquis. Ensuite, ils s'intéressèrent de moins en moins à la mission nordique, si bien que cin-quante ans après la mort de son promoteur, il ne subsistait presque rien de ces communautés chré-tiennes à Birka, à Schleswig et à Ribe. La construction de cinq églises (sans doute de simples oratoires), dont trois à Birka, constituait un maigre résultat. Toutefois, le déclin qui suivit fut encore plus caractéristique. Le christianisme s'y étiola dans l'indifférence générale. La tentative de christianiser la Scandinavie se clôturait par un échec.


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Wandervögel

Wandervogel

Révolte contre l'esprit bourgeois


Chap I


Imaginons une nuit froide de janvier. Sur les champs abandonnés, sur les branches des pins mutilés qui jalonnent le chemin, il y a encore de la neige.
Un poteau indicateur, taillé à la main, semble perdu au milieu de ce paysage sans vie. Il leur a souvent servi de point de rassemblement et indique : « Zum Fichteberg : 1 km ».
Après tant d'années de vagabondages joyeux, les voilà qui entreprennent la dernière marche en commun. Demain, déjà, l'un des deux jeunes gens qui suivent ce chemin durci par le gel, quittera la ville pour séjourner pendant des années à Constantinople. Et les voilà qui atteignent le sommet où trône un imposant château d'eau.
Karl Fischer, le plus jeune des deux, jette un regard sur les lumières de la petite ville, qu'ils distinguent à travers le brouillard vespéral qui tombe. Les citoyens de Steglitz (1) ont terminé leur journée de labeur et rallient l'âtre pour y chercher chaleur.
Hermann Hoffmann, plus grand et plus posé que son jeune compagnon, reprit alors la conversation interrompue. Il se remémore les événements passés. Que n'avaient-ils pas créé au départ de sa société de sténographie de Steglitz, société qu'il avait fondée quelques années auparavant dans le Gymnasium de la ville ! C'était en 1896. Très vite les exercices de sténo furent remplacés par de petites promenades. Et celles-ci devinrent, petit à petit, le centre réel de leur vie communautaire.
Les excursions en forêt et dans les vallées de la région s'allongèrent toujours plus, pour devenir des randonnées respectables. Tout le Harz fut sillonné de leurs pistes. Mais c'est surtout la randonnée de l'année précédente qui hante, vivante, leurs mémoires : ils ont marché et marché dans les forêts de Bavière et de Bohême. Ils ont planté leurs tentes quand tombaient des hallebardes. Ah ! ces journées de marche et cette vie simple ! Ces cuissons communautaires avec feu de bois et marmites fumantes ! Et la fête du solstice sur le sommet du Grosser Falkenstein (2) ! Le départ de Hoffmann risque de mettre fin à tout cela. Longtemps il a réfléchi pour savoir lequel de ses jeunes chefs serait le plus capable de poursuivre l'œuvre créée et de sauver de la dissolution le groupe d'amis qu'il avait rassemblé autour de lui. Un seul lui semble capable de mener à bien cette tâche et il veut l'en convaincre : Karl Fischer.

Mais cela ne lui coûtera pas beaucoup d'efforts. Depuis longtemps déjà, Karl Fischer est décidé à reprendre le flambeau et à donner un souffle nouveau à ce qu'ils avaient commencé ensemble. Hoffmann avait trouvé son successeur : très rapidement, ils s'étaient mis d'accord pour continuer l'organisation des randonnées d'écoliers sous la houlette de Fischer.
Hoffmann n'est pas un penseur révolutionnaire. Il estime suffisant de diriger une association de Gymniasten (3) inscrits au cours de sténographie et férus de randonnées, avec l'accord des instances directrices de l'école et des autorités, et en respectant scrupuleusement le système des valeurs de l'Allemagne bourgeoise et wilhelmienne.
Les plans de Fischer, en revanche, sont nettement plus « subversifs ». Leur style et leur ampleur sont tels qu'aucun membre du groupe n'est prêt à les suivre, sauf lui.
Vient enfin la dernière poignée de mains entre les deux amis, le lendemain matin, quand Hoffmann quitte Steglitz avec le premier train. L'heure de Fischer a sonné.
Karl Fischer a la réputation d'un original. Il salue la froidure hivernale en circulant sans manteau, pour blinder son corps contre les morsures du gel. La flemme qu'on ressent au saut du lit, il la combat en se lavant à l'eau glacée, la fenêtre ouverte. Le petit monde des aristocrates de Steglitz et de leurs tristes imitateurs bourgeois, il le perçoit comme le prisonnier perçoit son boulet. Les normes sociales, avec leurs interdits et leurs exigences, il les ressent, depuis sa prime jeunesse, comme des garrots qui empêchent l'ardeur de sa jeunesse de s'exprimer. L'école, avec ses vieilleries de programmes et la rigidité de son quotidien, lui fait souvent douter des « vertus » de l'éducation. Tout son être est animé par la volonté de trancher ces garrots. Des jours entiers, après le départ de Hoffmann, il errera dans les forêts qui entourent Steglitz. Ses pensées vagabondent et s'entrechoquent, elles forgent des images, des leitmotive dont la vigueur et la force suggestive le pousseront à l'action.
Conséquent avec lui-même, il commence à réaliser ses idées au sein du groupe que lui a légué Hoffmann. Les excursions communautaires se font plus fréquentes et plus longues. Les rassemblements, plus réguliers. Ils en organisent même pendant la semaine. Mais tout cela est encore loin de le satisfaire. Il crée un sifflement de reconnaissance et un salut qui distinguera son groupe de tous les autres.
Ce groupe, il veut le détacher de la vie quotidienne paralysante de Steglitz.
Il sait que la conception des choses qu'il porte en lui est frappée du sceau de l'unicité et il cherche des voies pour représenter cette originalité. « Nous sommes une caste particulière, nous sommes hors du commun et n'avons nul besoin de singer les manières des autres gens ».
Il modifie l'habillement et bientôt tout Steglitz jasera et parlera de ce « fou de Fischer » et de ses copains.
Avec ses compagnons, il chante de vieux Lieder (4) du peuple, ébauche de nouvelles randonnées et rêve d'aventures palpitantes. Mais le contraste entre le rêve et la réalité est désenchanteur : le lendemain, dès le matin, les voilà tous assis dans les classes aux grands murs nus du Gymnasium de Steglitz, et ils potassent du vocabulaire grec ou latin.
Mais les idées de Fischer poursuivent leur vagabondage et se focalisent sur le groupe. Pourtant, à ce groupe, il manque un nom qui puisse dès l'abord allumer les cœurs ; il n'y a pas assez de membres et pas de possibilité de faire de la publicité. Fischer, pourtant, échafaude ses plans…
Il est aussi un réaliste. Il sait analyser la situation avec exactitude et raison garder : il est encore trop tôt pour déclencher une rébellion ouverte contre les principes de base, solidement imposés, de la bourgeoisie wilhelmienne.
Il doit donc trouver une voie sans confrontation pour pouvoir se libérer et libérer la société des garrots qui briment toute originalité.
Il repart marcher, errer, dans les champs de la campagne qui s'étend autour de Steglitz. Il rumine et pèse le pour et le contre, évalue les possibilités. Il finit par clarifier ses idées. Sa décision est prise. Il sait ce qu'il veut.


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26 décembre 2004

La vraie religion de l'Europe


Définition du paganisme

Mais que signifie donc «païen» ? Cultes démoniaques et magie noire ? Nostalgie stérile d'esthète ? Idéologie totalitaire sur fond d'exaltation de la force brutale ? Rien de tout cela ne correspond à la réalité des divers paganismes de l'Europe traditionnelle. Si une infime minorité de nouveaux païens peut se perdre dans ce genre d'impasse, c'est regrettable, mais ne permet nullement de caricaturer la plus ancienne religion du continent que l'on peut définir comme la religion des cycles de la nature et du cosmos.

Le paganisme est par définition cosmique et donc éternel. Au contraire, les religions abrahamiques, et surtout le Christianisme et l'Islam, malgré leurs multiples emprunts aux cultes antérieurs, se fondent sur la révélation donnée par leur Dieu jaloux à un moment précis, en un endroit précis: ce sont des religions historiques, connaissant un début et une fin. Le paganisme, qu'il soit celtique, hindou ou shintoïste, ignore cette vision segmentée du temps et lui préfère une vision cyclique. De même, il accepte la pluralité des approches religieuses, reflet de la multiplicité des figures divines : Apollon et Dionysos symbolisent des polarités en apparence contradictoires mais bien complémentaires. Le premier n'est jamais pensable sans le second, de même que l'Un n'est pas imaginablesans le Multiple.

Mais, me direz-vous, ce paganisme a disparu il y a 2000 ans, vaincu en Europe par la foi chrétienne, ailleurs par d'autres révélations (l'Islam en Afrique du Nord et en Turquie, autrefois chrétiennes). Les études historiques de plus en plus fouillées - et libérées des préjugés chrétiens - montrent que ce que l'on peut appeler, pour simplifier, le paganisme européen n'a jamais disparu et que la conversion de notre continent s'est faite très lentement… et sans douceur (sauf dans le cas de l'Irlande et de l'Islande).

 

Conversion par la force de l'Europe païenne au christianisme

La conversion a été forcée, par le fer par le feu. Elle s'est étalée sur des siècles: les Lituaniens, par exemple, n'ont été convertis - de force - qu'aux XVIème et XVIIème siècles. Dans nos régions, les anciens cultes polythéistes ont été recouverts d'un vernis chrétien, souvent très mince.

Voyez le culte des saints, des sources, les processions, les feux de la Saint-Jean (et tout le calendrier des fêtes), et même la Trinité, très peu monothéiste. Ce n'est qu'à la Contre-Réforme, en réaction contre le Protestantisme, qu'un quadrillage efficace a été mis en place par l'Eglise catholique. Les mentalités, ce que Jung appelait l'inconscient collectif ont pourtant conservé les structures mentales du paganisme; seuls les noms ont changé. De même, l'étude de notre culture montre que toutes les renaissances en Europe se sont toujours faites par un recours à la mémoire païenne: la Renaissance italienne ou française, le Romantisme allemand, etc. Mais aujourd'hui, en ce début de XXIème siècle, face au triomphe apparent du matérialisme le plus avilissant, face aussi à l'offensive de religions sauvages souvent exotiques (les «sectes»), face surtout à l'Islam de plus en plus massivement présent sur notre sol (avec les conséquences que cette sorte de colonisation implique, voir l'Inde ou la Macédoine), comment se dire païen sans passer pour un farfelu ? Commençons par critiquer divers préjugés.

 

Les dieux contre le matérialisme

Tout d'abord, paganisme ne rime absolument pas avec matérialisme. Honorer les Dieux, qui sont des Puissances et non des personnes, ne signifie pas adorer le Veau d'Or. En ce sens, un païen conséquent est plus proche d'un chrétien révulsé par la marchandisation du monde que d'un consommateur satisfait. Ensuite, le païen ne peut être membre d'une quelconque secte, qui enferme toujours ses membres dans une vision paranoïaque du monde avec son attente de l'Apocalypse, son culte du Livre unique censé contenir toutes les vérités et des Elus qui, seuls, seront sauvés. Le païen vit dans un rapport de co-appartenance avec le cosmos, dont il n'est jamais le centre.

Son livre est la nature, même s'il admet qu' Homère, par exemple, est un auteur inspiré. Le païen ne se réfugie pas dans des paradis artificiels ni dans de misérables consolations d'outre-monde, puisque son

Le Shinto japonais est une religion païenne. L'élément féminin y occupe donc une place importante. éthique est par définition tragique, faite d'acceptation du destin, vu comme un défi à relever pour rester fidèle à sa vision de l'honneur, pour offrir un nom sans tache à ses descendants.

Car le païen s'inscrit dans une continuité, celle de la terre et des morts, comme disait Barrès. Il se définit comme l'héritier d'un legs ancestral, qu'il enrichit et transmet. Le païen, s'il a la tête dans les étoiles, garde les pieds enfoncés dans la terre qui est la sienne, sans jamais perdre le contact avec ces deux dimensions. Il est fils de la terre noire et du ciel étoilé.

Face à la prétention monothéiste de détenir l'unique vérité - et d'empêcher les autres de cheminer à leur guise vers le divin -, le païen fait preuve de tolérance, en ce sens qu'il sait au plus profond de lui qu'approcher le divin peut se faire par une infinité de voies.

Un tel mystère ne peut jamais se résumer à un catéchisme borné ni à un ensemble de gestes répétés de façon mécanique. Mais tolérance ne signifie pas laxisme: comment tolérer tout ce qui restreint la souveraineté de l'homme (les drogues, les conditionnements, par exemple idéologiques ou médiatiques, les genres de vie malsains, etc.)? Or, l'actuelle société occidentale, entrée dans une phase d'involution de plus en plus marquée, semble se complaire dans l'exaltation des modes les plus dissolvantes, dans le brouillage systématique des repères, dans la destruction de tous les liens, par exemple familiaux et communautaires.

 

La religion de l'Europe

Concluons ce bref billet bien sûr incomplet. La religion de l'Europe est d'essence cosmique. Elle voit l'univers comme éternel, soumis à des cycles. Cet univers n'est pas regardé comme vide de forces ni comme «absurde» comme le prétendent les nihilistes. Tout fait sens, tout est forces et puissances impersonnelles régies par un ordre inviolable que les Indiens appellent Dharma (concept récupéré plus tard par les Bouddhistes), terme qui peut sembler à tort un peu exotique, mais que les Grecs traduisent par Kosmos: Ordre.

Depuis des millénaires, notre religion traditionnelle, reflet de la tradition primordiale, pousse l'homme à s'insérer dans cet ordre, à en connaître les lois implacables, à comprendre le monde dans sa double dimension visible et invisible. Le païen d'aujourd'hui, comme il y a trois mille ans, fait siennes les devises du Temple d'Apollon à Delphes : connais-toi toi-même et rien de trop.


Posté par Siegfried à 21:48 - Histoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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