15 avril 2005
Pour une révolution culturelle chez les nationalistes
Hervé Van Laethem
S’il y a bien une chose que les bourgeois n’aiment pas, c’est faire leur révolution culturelle. Raison de plus que les nationalistes révolutionnaires n’hésitent pas à faire la leur
(..)
Nous pensons en effet que le système politico-économique qui règne actuellement dans toute l’Europe maintient nos populations sous son emprise par un savant mélange d’assistanat économique et de « lavage de cerveaux » médiatique.
Or aujourd’hui, on constate deux grandes tendances dans la mouvance nationale : celle des partis de la loi et de l’ordre. C’est à dire ceux qui ne veulent en fait que plus de policiers et moins d’immigrés mais qui ne mettent pas le système libéral et bourgeois proprement dit en question. Je pense aux partis nationaux « institutionnalisés » tels le Vlaams Blok. C’est cette tendance qui semble, pour l’instant, avoir le vent en poupe sur un plan électoral.
L’autre tendance, dite nationaliste et révolutionnaire, dénonce l’ensemble du système libéral qui paraît comme étant le plus corrompu de tous les temps, et prétend que les problématiques de l’insécurité et de l’immigration ne sont pas les seules qui menacent notre population et qu’il faut radicalement changer cette société qui n’est plus basée que sur le fric et la consommation.
Cette seconde tendance, dans laquelle, nous nous reconnaissons évidemment est sans doute encore minoritaire mais est la seule à défendre une complète conception du monde. Et comme tout le sait qu’on ne lutte bien que quand on sait pourquoi on le fait..., nous avons pensé nécessaire de produire ce texte qui donne une meilleure image de cette « conception du monde ». Quitte à bousculer des idées reçues et « petites bourgeoises ».
Nous le faisons pour encore mieux outiller les militants mais aussi pour éviter tout malentendu et nous marquer sans complexes comme nationalistes radicaux et populaires.
IMMIGRATION
Nous sommes évidemment opposé à ce phénomène et a tous les excès qu’il amène. Et ceci sur un plan social , financier, sécuritaire mais aussi identitaire . Mais nous ne confondons pas tout. Nous pouvons être sensible aux problèmes de l’immigration, qui n’est pas que musulmane d’ailleurs, sans être opposé au monde arabe dans son ensemble. Monde arabe qui pourrait, d’ailleurs, sur des bases précises, être un allié d’une Europe nationaliste. Nous ne nous étendrons en tous cas pas plus sur les sujets de l’immigration ni de l’insécurité, nos positions là-dessus étant bien connues.
(...)
Etre militant identitaire ne doit pas signifier : mépriser l’autre. Un militant identitaire doit être pour une Europe européenne comme il doit être pour une Afrique aux Africains et pour un monde arabe aux Arabes. En tant qu’identitaires, nous devons nous interdire de, par exemple, condamner une religion pour ce qu’elle est. Nous ne devons pas lutter contre l’Islam pour ce qu’il est mais simplement lorsqu’il manifeste des menées impérialistes sur notre sol européen. Pour le reste, si les femmes afghanes portent leur traditionnel voile en Afghanistan, c’est leur affaire et nous n’avons pas à nous mêler de traditions ancestrales.
(...)
De plus aujourd’hui, on a beau se lancer des salutations polaires, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui le must pour la jeunesse scandinave, par exemple, est de s’accoupler avec une personne d’origine extra européenne. Alors que les résistants irakiens, eux, tuent les soldats américains qui violent leurs femmes.
Soyons donc modestes et bien conscients qu’aujourd’hui, nous n’avons guère de raisons de regarder de trop haut les autres peuples.
(...)
Certains nationaux-libéraux vont même, par anti-islamisme forcené, à parler de nos « frères de sang » américains !!!
Nos frères de sang ? Lesquels : les latinos, les sino-américains, les afro-américains, les musulmans, les blancs qui s'agitent avec leurs camarades de couleur sur de la musique rap ? Où bien, parlent-ils de ces GI's qui fréquentent de véritables camps de viols installées en Bosnie où sont prostituées de force des centaines de jeunes européennes de l'Est ? A moins qu’ils ne parlent des frères de sang qui ont tué des centaines de civils serbes (donc européens) dans les bombardements de 1999 pour défendre l'organisation mafieuse albanaise UCK.
(...)
Les identitaires doivent en fait avoir une conception globale du monde dont la ligne géopolitique ne doit pas être influencé par rapport à notre perception de l’immigration musulmane en Europe. Le problème de l’immigration et la menace islamiste en Europe est une chose. La politique internationale en est une autre. Nos prises de positions ne sont pas dictées par un racisme primaire mais bien par notre conception du monde. Si nous luttons pour rester les maîtres chez nous, nous pouvons comprendre ceux qui luttent pour être les maîtres chez eux.
(...)
Car souvent ceux qui crient "A mort les Arabes !" LA-BAS, ce sont ceux qui font voter les lois antiracistes, qui font régulariser les clandestins et qui encouragent le métissage ICI.
(...)
LA DROITE NATIONALE
Mégret, Haider et Fortuyn ont été (pour certains) des espoirs…sans lendemain. En Italie, Gianfranco Fini mène une politique sous la houlette du bankster Berlusconi et en Flandre, le Vlaams Blok se pâme d’admiration pour la politique de Georges Bush.
En fait, on peut aujourd’hui parler d’une faillite idéologique des nationaux-libéraux et ceci au moment même où les nationaux révolutionnaires sont sortis du ghetto culturel et politique dans lequel, ils s’étaient souvent eux-même enfermés. Au moment aussi où nos idées, longtemps atypiques dans les milieux nationalistes (anti-impérialisme, combat social et identitaire, etc…) montent partout en force…
Régulièrement, lors de conversation avec des personnes appartenant à notre courant politique, mes interlocuteurs s'étonnent de mon aversion pour des individus comme l'italien Gianfranco Fini, l'autrichien Jorg Haider ou même le batave Pim Fortuyn. Ils me disent avec des trémolos dans la voix : "Pourtant, ils sont de droite…" Lorsque la remarque est formulée par des tenants de la "droite nationale", je peux encore comprendre. Mais ce genre de propos m'irrite nettement plus quand ils sont tenus par des gens qui se réclament de la mouvance nationale-révolutionnaire !
En effet, que signifie ce terme "national-révolutionnaire" ? Être national-révolutionnaire ne se limite pas à prendre le look "cuir-kheffieh" et à crier quelques slogans qui sonnent bien. Il s'agit aussi et surtout de rester dans une certaine ligne politique : anti-sioniste, anti-impérialiste, certes, mais aussi anti-libérale et anti-régimiste. Et il faudra bien un jour que nous allions jusqu'au bout de cette démarche sans craindre de mener une stratégie de rupture.
Osons affirmer que la droite est autant l'ennemie de la Nation que la gauche ! Même si cette droite prend l'apparence du nationalisme. Osons dire que l'on ne doit pas juger un mouvement "nationaliste" sur ses résultats électoraux, ni sur le fait qu'il exhibe quelques symboles régionalistes. Encore moins sur le talent de certains de ses dirigeants "caméléon" qui, selon leur public, tantôt adoptent la mise du politicien bon teint, tantôt chantent à tue tête des marches militaires d'une époque révolue…
Bien au contraire, jugeons les sur leur doctrine et leurs actes. Au sinon, nous courons le risque de jouer l'éternel rôle d'infanterie coloniale au service d'une extrême-droite néo-libérale qui s'empressera de nous vendre pour son meilleur profit. Un peu à l'instar du nationaliste écossais William Wallace immortalisé par le film "Braveheart".
Et tant pis si nous ne figurons pas sur les photos aux côtés des vedettes médiatiques du moment.. Ne vendons pas notre âme pour quelques éphémères glorioles. La chute de l'extrême-droite néo-libérale est inéluctable et déjà en partie avérée. Notre temps viendra . Préparons-le dès maintenant.
(...)
NOTRE ENGAGEMENT SOCIAL
Nous ne sommes évidemment pas gauchistes mais il est impossible de ne pas constater que la recherche d'un profit maximum pour quelques-uns (quelques "familles" financières) va à l'encontre de l'intérêt du plus grand nombre.
Mais nous ne croyons pas non plus à une société collectiviste et marxiste. Nous ne sommes pas de petits gauchistes en mal de lutte des classes. Nous appelons de nos vœux l'émergence d'une troisième voie politique et économique, entre le libéralisme sauvage et le socialisme destructeur des richesses et des libertés.
N’oublions pas non plus, les Petites et Moyennes Entreprises qui sont pénalisées par une fiscalité
et une réglementation du travail bien trop lourdes, pendant que les multinationales engrangent
des bénéfices démesurés.
29 mars 2005
Peintures
Quelques superbes peintures du peintre Russe contemporain (oui ça change de l'art moderne) Serguey Marshennikov
27 mars 2005
Sculptures
"La force d'un révolutionnaire se mesure aux nombre de valets et de lobbies du pouvoir qu'il déplace lors de l'expression de son combat!"
"Plus les oiseaux volent haut, plus ils semblent petits à ceux qui ne savent pas voler" F.Nietzsche
"Ce qui tombe, ne le retiens pas, pousse le" F. Nietzsche
"Seuls les poissons morts vont dans le sens du courant" Proverbe chinois
"Voilà les hommes qui, avec leur "égalité devant Dieu", ont régné jusqu'à nos jours sur le destin de l'Europe, jusqu'à ce qu'enfin ils aient obtenu une espèce amoindrie, presque risible, un animal grégaire, quelque chose de bienveillant, de maladif et de médiocre, l'Européen d'aujourd'hui..."
F.Nietzsche
Une fois n'est pas coutume je vais sortir du cadre culturel "métapolitique" et vous présenter un texte d'un camarade qui traite de l'endettement dans notre société consumériste! Fort intéressant!
La situation de deux personnes dans mon entourage, confrontées à des ennuis de fric, m’a fait un peu gamberger. Ce sympathique petit couple devait rejoindre l’équipe pour un pot en ville, l’autre soir, et a décommandé en dernière minute : des histoires de paperasse administrative à régler, suite à d’obscures histoires d’emprunt. Ce fait banal en a exhumé de ma mémoire, datant d’il y a quelques années déjà ; du jour au lendemain, plusieurs connaissances, essentiellement des étudiantes, affichaient avec un large sourire leur carte de crédit toute neuve, alors que nous étions tous, plus ou moins, aussi fauchés les uns que les autres.
L’Occident consumériste nous pousse tous dans une même direction : vivre au-dessus de nos moyens, en nous exhortant à acheter tout ce qui nous fait envie indépendamment de l’état de nos finances. Evidemment se pose rapidement un problème : quand le compte est vide, plus possible d’investir dans quoique ce soit. Les magouilleurs du Marché l’ont compris et ont trouvé la solution.
1) créer des besoins inédits et exacerber ceux qui existent déjà : c’est le rôle de la presse, du cinéma et de la télévision, chargés de donner à des biens de consommation dispensables en soi, une visibilité prioritaire et une désirabilité impérative. En clair, on rendra « sexy » et indispensable à la vie sociale de nous tous des objets dont on se passerait très bien si on ne se laissait pas convaincre de leur prestige (fringues de luxe, téléphones portables, accessoires de mode etc.) Qui dit prestige dit plus de popularité, donc plus de séduction. Dans une société aussi obsédée par le cul que la nôtre, l’argument est pratiquement imparable. Voilà pourquoi on utilise des femmes à poil pour vendre tout est n’importe quoi aux hommes, et pourquoi l’on impose à la femme un idéal de perfection esthétique et de jeunesse éternelle.
2) surfer sur la vagues des nouvelles dépendances : tout sera fait pour faciliter l’apparition de nouvelles tentations et la résignation face à elles, avec dans l’idée de faire apparaître ces faiblesses comme naturelles, acceptables, normales. Créer puis maintenir une dépendance n’est pas compliqué : la première dose est gratuite, on paiera plus tard En ce sens le milieu de la came et de la téléphonie sans fil ont à peu près les mêmes méthodes. Pendant des années, s’offrir un natel était hors de prix, puis on en est venu à en distribuer gratuitement : se rattraper sur les abonnements contraignants était beaucoup plus juteux, en tablant sur les mauvaises habitudes prises par ce nouveau confort incroyable : pouvoir atteindre n’importe qui, n’importe où, en tous temps. Il ne restait plus à Souisscome qu’à supprimer progressivement les cabines de téléphone publiques et la boucle était bouclée.
Pour cela et pour toutes les autres accoutumances de consommation, il faut du fric, toujours plus de fric. Puisque trimer comme un barjot ne suffit plus toujours, la solution de l’endettement se présente comme allant de soi. Avec les conséquences qu’on imagine. Petit tour du web sur la question.
« Les helvètes du troisième millénaire n’entretiennent ainsi pas face à l’argent le même rapport que ceux d’hier. Et ce qui était un tabou voilà trente ans – la vie à crédit – se démocratise. Aujourd’hui, un ménage suisse sur dix serait surendetté estiment les spécialistes en recouvrement. Un taux qui grimpe à un sur quatre pour les jeunes couples. Quant au montant moyen des dettes, il progresse lui aussi: de 35000 fr. il y a quelques années, il culmine aujourd’hui à plus de 50000 fr. (...) La nature des créances? Emprunts, leasings, factures de téléphonie mobile et d’achats par correspondance pour l’essentiel. Et si la vie à crédit se démocratise, elle ne concerne plus les seuls petits salaires: «Toutes les classes sont touchées, de l’ouvrier au cadre en passant par l’indépendant», témoigne David Thiémard, pointant les problèmes de gestion rencontrés par sa «clientèle». Une clientèle majoritairement composée d’individus de moins de 30 ans, précise-t-il. »
(http://www.lagruyere.ch/archives/2005/05.02.01/gruyere.htm )
L’article continue en parlant d’une enquête d’Intrum Justicia, société de recouvrement et de protection des crédits : à l’âge de 20 ans, une personne sur sept est déjà confrontée à des retards de paiements. « Les filles sont particulièrement frappées par le phénomène. Selon l’enquête précitée, elles représentent 63% des jeunes endettés. La faute, entre autres, au shopping, qui reste – selon une enquête de l’Uni de Zurich – le loisir le plus important pour 85% des adolescents. Et un quart d’entre eux dépenseraient davantage que leur budget ne les y autorise »
Qu’en pensent nos Eminences de Berne ? Elles s’en foutent. Le 22 février dernier, L’Express publiait une brève annonçant que le Conseil Fédéral n’entendait pas…
« …prendre de mesures spéciales pour
protéger les adultes de moins de 25 ans contre l'endettement. Jugeant le droit
actuel suffisant, il propose de rejeter une motion de Lucrezia Meier-Schatz
(PDC/SG). (...) Dans sa réponse, le Conseil fédéral renvoie
à la loi sur le crédit à la consommation en vigueur depuis deux ans. Ce texte,
fruit d'un "compromis difficile", oblige le prêteur à examiner si la
personne souhaitant un crédit est capable de l'assumer. Il est en outre obligé
d'annoncer les avances accordées à un centre de renseignements. (...) »
Le site www.dettes.ch contient nombre d’informations précises et importantes :
« Avoir des dettes ne signifie pas pour autant la fin de tout.
Mais il est très difficile de relever la tête, d’être lucide et de prendre les
bonnes décisions par rapport à la nouvelle situation financière.La plupart des
ménages surendettés, qui s’adressent à des services sociaux ou à des
institutions d’utilité publique, ne peuvent pas se désendetter. Ils n’ont donc
que le minimum d’existence calculé par l’Office des poursuites pour vivre.
(...) Beaucoup de personnes endettées ne
peuvent pas assainir leurs dettes sans en contracter de nouvelles. Certains
ménages ont des revenus qui leur permettent à peine de vivre avec le minimum et
de payer les impôts ; mais pour d’autres ménages, le paiement des impôts
est impossible. Ils demeurent donc inextricablement surendettés. »
(http://www.dettes.ch/index.cfm?cat=leben&cfid=994774&cftoken=98638892 )
On trouve sur la même page une
revue de presse[1] permettant de mesurer l’ampleur du phénomène
et l’attention qui lui prête nos médias. Ainsi, le 24 Heures en page 7 du 24
mars 2004 déplorait déjà la situation, citant 275 000 Suisses ayant « tendance à dépenser sans compter »
et risquant « de se retrouver
fortement endettés. » Dans le même journal, le 2 novembre 2004, la
rubrique Economie se penchait à nouveau sur le phénomène, exposant que « les jeunes sont particulièrement
vulnérables, victimes de la consommation effrénée rendue possible par l’argent
facile. » Le 11 octobre 2004, Le Temps estimait à son tour que « Les jeunes s’endettent toujours plus »,
et citait une enquête de l’Institut de recherche IMP selon laquelle 40% des 14
à 24 ans « ont recours à l’argent
plastique une fois par semaine pour leurs achats. » Même son de cloche
dans
La Côte
du 5 novembre de la même année, avec un article titrant « Un quart des jeunes adultes en Suisse dépensent trop »
La Suisse
n’est bien
évidemment pas le seul pays touché par le phénomène.
La Belgique
s’est également
montrée préoccupée par la propagation de la « vie à crédit », au
point que Johan Vande Lanotte, Vice-Premier Ministre et Ministre du Budget, et
Charles Picqué, Ministre de l'Economie, ont commandé une étude en 2001 sur le
rapport entre « Le crédit et les jeunes » [2]
« Certains
profils de jeunes présentent des risques de rencontrer des problèmes ultérieurs
dans l’utilisation des services financiers et plus particulièrement le crédit.
(...)A cause de leur manque de connaissance et d’intérêt envers les services
financiers, les jeunes vont avoir tendance à se comporter prioritairement en
fonction de leurs besoins émotionnels, d’autant plus qu’ils ont vécu jusqu’à 18
ans sous la protection et le contrôle des parents et de la banque.
Le danger du
crédit peut alors se présenter principalement pour trois types de profils :
a) Le profil du
jeune qui accorde la priorité à la dimension plaisir et stimulation («
l’hédoniste ») Ce sera celui qui va acheter des objets de satisfaction
immédiate (voiture, sorties, moto, etc.) pour son plaisir.
b) Le profil du
jeune qui envisage de se déployer individuellement («l’apprenti shopper »)
Celui-là pense
être à même de comparer les offres et peut se lancer dans des achats
prestigieux ou des remboursements à long terme par souci d’expansion.
c) Le profil du
« poussin » qui se soumet aux avis des autres, les parents, la famille, la
banque, et a de faibles capacités de décider pour et par lui-même. Pour ces trois profils l’accès au crédit peut s’avérer une étape délicate en raison de l’absence d’autocontrôle. (...)»
Le
phénomène n’est pas qu’européen ; de nombreux sites canadiens, par
exemple, traitent également la question :
« La
création de nouveaux besoins, la disponibilité du travail à temps partiel, le
crédit précoce par les prêts aux étudiants et l'autonomie qu'on impose aux
jeunes sont autant de facteurs qui les engagent dans la voie de l'endettement (...)Soucieuse de son engagement social au plan
de l'éducation en matière d'économie familiale et individuelle, l'ACEF a décidé
d'aller sur le terrain pour réaliser une étude dont l'objectif est de mieux se
renseigner sur le phénomène de l'endettement des jeunes de 16 à 20 ans et de
vérifier leur connaissance quant à l'achat à crédit. En tout, 1375 jeunes ont
répondu à notre enquête. En voici quelques données révélatrices:
· 40% des jeunes ont une dette variant entre 1000$ et 5000$
· 41,5% des jeunes ont un travail
Les principales sources d'endettement sont: l'acquisition d'une voiture (47,5%), les loisirs (38%), l'achat de vêtements (27,8%) etc. (...) »
(http://www.consommateur.qc.ca/acef-be/27.htm)
A noter que Google ne manque pas d’un certain
humour : à droite de la page du moteur de recherche apparaissent des
« Liens commerciaux » proposant à la suite le problème…
« Credit - Rapide, simple et discret.
On-line ou par tél au XXXXX www.credit-
direct.ch »
… puis vendant sa solution !
Make Your Debts Disappear - Refinance, Loan Consolidation, Be Debt Free Today www.LowerMyBills.com »
Sachez aussi que la Suisse,détient un triste
record : celui des marges que les banques encaissent sur les crédits dits
« de consomation », à savoir les petits crédits et les leasings. Pour
un emprunt sur lequel vous payerez jusqu’à 12% d’intérêts, la banque se
refinancera (elle empruntera le fric qu’elle vous prête) à environ 1%, ce qui
lui fait jusqu’à 11% de bénéfice. En Angleterre ou en Australie, cette même
marge est d’à peine 3 à 4%, concurrence oblige… A noter que le taux maximum
d’un crédit + frais par année est de 15%.
Prenons l’exemple
Australien, justement. Chez les Kiwis, toute personne désirant contracter une
dette (hypothèque ou petit crédit) doit avoir un « rating » (c'est-à-dire
une note estimant la solvabilité de la personne). C’est d’ailleurs la même
chose en Suisse pour les hypothèques, la banque vous attribuant une note qui
décidera du taux. Le problème est que pour avoir une bonne note, il vous faut
prouver, par le biais d’achats et de remboursements de votre carte de crédit,
que vous savez gérer une dette. L’idée est certainement partie d’une bonne
intention, mais le résultat est que vous devez acheter à crédit en augmentant
régulièrement le montant de votre dette et des remboursements, pendant des
années afin d’avoir un bon rating. Vous pouvez donc imaginer combien cela peut
vous coûter en intérêts…
Quelques exemples et conseils pratiques afin de ne
pas tomber dans la spirale des dettes :
- Ne
contracter un petit crédit qu’en cas d’extrême urgence, et non pas pour
consommer encore un peu plus. Si un emprunt est réellement indispensable,
essayez pendant quelques mois de mettre de côté le montant que vous devriez
rembourser tous les mois afin de vous habituer à vivre avec cette réduction.
Ensuite, gardez cette argent de côté afin de parer à un coup dur, comme une réparation
de voiture ou la perte temporelle d’un emploi.
- Préférez
le leasing au petit crédit pour votre voiture (sorte de location au lieu d’un
achat). Bien souvent des marques automobiles offre des leasings à 0% (Citroën
dernièrement)
- Pour
les leasings automobiles, concluez une assurance « reprise
garantie », histoire d’éviter une mauvaise surprise le jour ou vous
changerez de véhicule. Il existe également des assurances qui vous couvrent en
cas de perte d’emploi.
- Lorsque
vous faites un payement par carte de crédit ou un achat par correspondance,
retirez immédiatement le montant de la transaction de votre compte et gardez
cette argent de côté afin d’éviter « d"oublier » les montants
dépensés.
- Préférez
une carte de type EC à débit direct par rapport à une carte de crédit. Elles
sont disponibles dans toutes les banques et ont pour avantage que le montant
payé par leur biais est débité sous 24h/48h de votre compte, donc vous savez
exactement ou vous en êtes.
- Cash
business is good business disent les Anglais. N’achetez pas votre essence ou
d’autres bien (nourriture, habits, etc) avec des « cartes maisons »,
comme par exemple BP ou Esso pour l’essence. Ca n’est rien d’autre qu’une carte
de crédit…
- Si
vous ne gardez pas votre carte de crédit sur vous, vous éviterez bien des
achats « impulsifs » favorisé par des techniques de marketing et
ventes toujours plus agressives !
Entreprises offrant les petits crédits et leasings en
Suisse (liste non exhaustive) :
- Toutes
les banques dites universelles (CS, UBS, Banques cantonales, Raiffeisen, Banque
Migros, Banque Coop, etc)
- Etablissements
spécialisés : Procrédit, GE Capital, Corner Bank, etc
- Pour
les automobiles, le plus gros importateur de voiture en Suisse, AMAG, par le
biais de sa filiale AMAG Leasing SA
Pour conclure, je dirais qu’il faudrait idéalement ne jamais contracter de dette pour des biens de consomation courants. Facile à dire vous me direz, et il est vrai que ça n’est pas toujours évident de résister. On peut justifier une dette pour l’achat d’une maison, on peut comprendre l’achat à crédit d’un véhicule, mais comment un militant peut-il justifier d’être dans une merde financière totale pour avoir voulu le dernier natel, des habits de marque ou ce voyage dont il a toujours rêver… Voici exactement ce que ces usuriers veulent : Vous faire rêver à crédit ! Rêver d’argent facile, de voitures neuves et de motos puissantes. Ne succombez pas à l’appel de la consomation débile, sortez de leur rêves prémâchés et soyez fier d’avoir résister, car dans cette jungle capitaliste, le simple fait de dire non est presque un exploît !
24 mars 2005
Le Chêne
Plus que le roi de la forêt, le chêne est bien l’arbre des rois, des rois et des guerriers. Il occupe une place d’honneur dans l’imaginaire européen aux côtés de l’aigle, de l’ours et de la hache. Ce qu’est réellement le chêne, seules les sciences traditionnelles nous permettent de le savoir et de le “voir”. Ces sciences sont inépuisables, et seul un survol de leur contenu sera ici esquissé. A chacun ensuite de chercher le chêne sur lequel pend la Toison d’or…
Kaer quez, « bel arbre » : tel était le nom du chêne pour les celtes. A lui seul ce nom nous évoque l prestige et l’estime qui entouraient cet arbre. La charge symbolique du chêne était considérable et il est d’ailleurs tenu comme ayant été le principal arbre sacré d’Europe. Il était pour les Grecs drus, l’arbre par excellence, l’essence qui incarne mieux que toute autre les aspects fondamentaux du symbolisme général de l’arbre. Ce sont ces aspects généraux que nous étudierons tout d’abord afin de mieux saisir par la suite les aspects plus spécifiques au seul chêne. Nous ne développerons pas de partie spécifique pour la symbolique du chêne du point de vue de la caste des « producteurs », donc sur l’aspect fécondité, car il fut plus marginal. Nous y ferons tout de même référence au fil du développement.

L’arbre du monde
L’arbre cosmos
Le plus répandu des symboles était l’arbre comme image du cosmos. Celui-ci doit être rattaché aux grands mythes cosmogoniques et à l’enseignement qu’ils transmettent : le monde fut tiré du chaos (caos) grec, du Ginnungagap nordique, puis ordonné selon un ordre divin en plusieurs “sphères” hiérarchisées. L’arbre se prête naturellement à devenir le symbole de ce monde :
par l’enfouissement de ces racines, par le jaillissement de son tronc et par le déploiement de
ces branches, il relie les trois étages du cosmos ordonné, Ciel, Terre et « Enfers ». Il était également l’image de la société hiérarchisée en castes.
L’arbre cosmique, lien des trois mondes. Il symbolisait le cosmos vivant et son
évolution cyclique, mort et régénération, et, simultanément par sa longévité, la
pérennité de l’existence cosmique. Dans de nombreuses mythologies, des
reptiles rampent entre ses racines et des oiseaux volent dans sa ramure.
C’est ainsi qu’il relie le monde chtonien et le monde ouranien. Il réunit en lui tous les éléments :
l’eau circule avec sa sève, la terre s’intègre à son corps par ses racines, l’air par ses feuilles et le feu jaillit de son frottement.
Toujours en tant qu’image du cosmos, nous rencontrons chez Dante, un arbre « renversé », présent également dans la mythologie lapone et scandinave, qui symbolise l’origine céleste du
monde, qui prend ses racines au ciel. Cet arbre est également selon R. Guénon le symbole du monde comme reflet d’une réalité supérieure.
Ce symbole de l’arbre comme cosmos jouait un rôle très important chez les anciens, car il était
un incessant rappel du Un-le-Tout (grec en to pan), de l’univers compris comme un Tout divin et
de la place exacte que l’homme y occupait. L’arbre se situait donc au coeur des trois
mondes qu’il incarnait également, et dans lesquels il jouait un rôle éminemment actif de soutien face au chaos : il était l’axis mundi, l’axe du monde.
L’arbre comme axis mundi
L’étymologie même du mot arbre nous rappelle un des aspects fondamentaux de son
symbolisme : « du latin arbor, […], sens métaphorique « mât », « axe » ». Ce symbolisme de l’arbre comme axe du monde fait appel à des conceptions métaphysiques qui
aujourd’hui nous sont devenues totalement étrangères : ce sont les notions de verticalité et de
centralité. La verticalité est le symbole de l’ascension, de l’élan vers le céleste et l’infini. L’arbre est le symbole de cette croissance incessante vers le ciel, croissance que poursuit également l’homme dans sa quête initiatique. Mais l’arbre est plus que
simple verticalité puisqu’il est l’axe du monde : il se situe en son centre. Cette situation
de centralité, en fait l’origine de la vie, du mouvement du monde, tel le moyeu qui entraîne la roue. Il est le support, le soutient du monde. Mais
il est plus : sa situation de centralité en fait l’image de l’être face au devenir, l’image du moteur immobile dont parle Aristote. En effet le monde soumis au devenir est représenté par
la périphérie de la roue qui est en mouvement autour de l’axe alors que celui-ci reste
immobile et symbolise l’être. Telle est la valeur symbolique que revêt l’arbre Yggdrasil de la
tradition nordique et dont est potentiellement investit tout arbre : c’est l’arbre cosmique, situé
au pôle, qui représente l’état primordial de l’homme dans l’être, en opposition au monde
fébrile et instable du devenir. Ces considérations difficiles d’accès pour nos esprits modernes sont
tout à fait capitales, car elles nous renseignent sur le poids que possédait un symbole comme l’arbre dans les sociétés de nos ancêtres. Nous pouvons mieux saisir dans quelle mesure l’arbre sacré d’un village, d’une cité, était le garant de la stabilité, etque le fait de l’abattre était un véritable coup porté à l’ensemble du “monde” qu’il couvrait. L’arbre fut donc à la fois l’image du monde, le lien – l’échelle – entre les différents niveaux de ce monde, l’origine et le garant de la stabilité du monde, et enfin et surtout l’image de l’être en opposition au devenir. Cette image de l’être en fit également un symbole de vie.

L’arbre de vie
L’arbre et la vie humaine
Une forte identification entre l’arbre et l’homme est visible dans toutes les traditions
européennes. Elle vient probablement du fait que l’homme comme l’arbre se tiennent « debout »
(vertical, cf. précédemment ), qu’ils tentent sans cesse de croître vers des régions célestes, et enfin et surtout que l’arbre comme l’homme accompli
sont des images de l’être. Il existe ainsi de nombreux récits de mythologie dans lesquels les
hommes sont associés aux arbres : dans la tradition nordique, l’homme et la femme furent
créés par le dieu Odhinn à partir de deux arbres, et les héros, comme le rappelle R.Boyer, sont très
souvent désignés dans les Eddas par des noms d’arbres. Dans la tradition celtique,
l’un des récits principaux est le Câd Goddeu, ou « la bataille des arbres ». Dans ce récit, il est
question de deux peuples, le peuple des Tuatha de Danaan et celui
d’Arawn, qui se livrent bataille après avoir transformé les hommes de leur
armée en arbres pour les rendre « invincibles ». De même, il existe
de nombreux héros, dans toutes les traditions, qui furent métamorphosés en arbre :
Narcisse, Daphné, Philgra, Phyllis, etc.
L’arbre étant l’image même de l’homme et de la vie humaine, il est naturellement un symbole
“sexué”. Mais sont symbolisme est sexuellement ambivalent : il peut être une image de l’androgyne initial, une image masculine virile et phallique, ou
encore une image féminine de la fécondité par ses fruits. Nous verrons plus précisément par la suite
tous ces aspects pour le chêne. L’arbre est donc une image de l’homme, mais pas de n’importe quel
homme : en effet ne peuvent s’identifier à l’arbre que les héros, les demi-dieux qui ont retrouvé
l’état primordial dans l’être et qui ne sont plus soumis à la mort.

L’arbre et la mort
Plus qu’un symbole acquis pour l’homme, l’arbre tend donc à représenter le but d’une
conquête. Le but de cette conquête étant l’état primordial, qui se situe hors du devenir et donc
hors de la corruptibilité. L’arbre est porteur d’immortalité, le plus généralement par ses fruits,
et ce thème revient dans de nombreuses mythologies : les pommes d’or des Hespérides,
d’Avallon et de la déesse Idunn (Eddas), la Toison d’or des Argonautes, le rameau d’or de Virgile, et
même l’Arbre de la Vie du Paradis. Pour une partie de ces récits, le fait de retirer les fruits provoque la vieillesse des Dieux, l’immortalité était donc ici déjà acquise : dans la Skaldaskaparmal , le dieu
Loki vole les pommes d’or d’Idunn pour s’acquitter d’une dette auprès du géant Thjazi;
aussitôt après, tous les Dieux d’Asgard, qui étaient jusqu’alors immortels,
commencent à vieillir et doivent, pour se délivrer de la mort, reconquérir les
pommes chez les géants de Jötunheimr. Pour l’autre partie des récits cités, il
s’agit d’un homme, un héros, qui, par ses exploits, conquière l’immortalité qui se trouve
dans un arbre (dans l’être) : ainsi, après s’être délivré des griffes de Médée (le monde du
devenir), Jason part à la tête de ses Argonautes pour conquérir la Toison d’Or. Après avoir vaincu lui aussi un géant, il tue le dragon qui protège le chêne où se trouve la Toison d’Or. Celle-ci possédée, il devient immortel. Il est intéressant de noter également que l’Ambroisie grecque, cette boisson divine, élixir de vie éternelle et d’immortalité, est constituée donc l’image de notre vie humaine et l’image de cette incorruptibilité qu’elle doit
atteindre. Nous verrons plus tard dans quelle mesure ce symbolisme se retrouve chez le chêne.
Avant de nous pencher sur le symbolisme propre au seul chêne, qui spécifie ce symbolisme
général, nous pouvons conclure cette première partie en citant Gérard de Champeaux : de la sève d’un « arbre magique ». L’arbre est « L’arbre, c’est à la fois le mystère de la verticalisation,
de la prodigieuse croissance vers le ciel, de la perpétuelle régénération; c’est non seulement l’expansion de la vie, mais encore la constante victoire sur la mort ; c’est l’expression parfaite
du mystère de la vie qui est la réalité sacrale ducosmos. »
L’arbre de la force - La force des Dieux La force bénéfique
Le Chêne était très intimement lié à une idée de
force et de dureté, tant physiques que “morales”
comme en témoignent les noms latin de robur,
littéralement « force » [NDLR : auquel est
associée la « robustesse »], et petraea : de
« pierre ». Il se présentait comme l’incarnation
de la force divine fulgurante, cette force d’action
propre aux dieux guerriers. Son fruit également,
comme l’indique le Dictionnaire des symboles,
représentait la puissance de l’esprit. Tout ceci fait du chêne l’arbre des dieux guerriers dont les attributs – autres symboles de cette force – sont généralement la foudre, qu’il est réputé attirer, et le marteau. Pour les Celtes, il était associé à Toutatis, pour les Germains à Donar-Thor, pour les
Romains à Jupiter, et pour les Grecs à Zeus.
De même la massue d’Hercule-Heraklès était en chêne. Il était également
l’arbre du solstice d’été qui fut fêté par toutes les traditions d’Europe : c’était
la fête du soleil triomphant, le Sol Invictus romain, et
donc la fête de cette force divine ouranienne qui
avait vaincu les forces obscures. Il était donc le symbole d’une force divine qui a triomphé du
chaos et a ainsi permis la vie. Cette force apparaissait tout à fait bénéfique aux hommes qui
pouvaient l’invoquer pour retrouver cette aptitude divine à agir de façon juste. De là venaient les
expressions appelant cette force en aide : « Par Jupiter… », « Par le marteau de Thor… » et pour
le moyen âge « Par Dieu… » [NDLR : dont la
signification a été diminuée dans l’interjection moderne « Pardi! »].
La force écrasante
Le chêne fut donc l’incarnation d’une force, d’une puissance divine. Par sa nature divine même, cette force était supérieure aux hommes et n’était donc pas sans danger pour eux. En effet la
force divine pouvait écraser les hommes qui entraient en contact avec elle mais n’étaient pas
assez forts pour la maîtriser. Seuls pouvaient lui résister les héros et les initiés qui avaient déjà
éprouvé mille dangers lors des combats, ou au cours d’une quête initiatique. Ceci fut illustré de
façon claire dans l’épopée finlandaise du Kalevala, où un « chêne funeste » finit par sa
puissance et sa majesté par éliminer progressivement toute autre forme de vie :
« Il arrêta le vol des nues, La course des flocons légers,
Il voilà les feux du soleil, Empêcha la lune de luire. »
Seul un héros réussit à l’abattre et le chêne devint alors bénéfique :
« Quiconque en cueillit un rameau Reçut un bonheur éternel;
Eut un art magique éternel; Quiconque emporta quelque branche
Jouit d’un amour éternel. » Ainsi, cette force divine peut-elle, et même
doit-elle être domptée par les hommes qui ne désirent plus la subir mais s’en servir : telle sera le
but des conquêtes héroïques et des quêtes initiatiques.
L’arbre de la force - La force des hommes
La force du guerrier Nous retrouvons donc une fonction symbolique de but, de résultat d’une quête dans l’image du chêne. Il s’agit pour le héros de
conquérir cette force fulgurante que représente le chêne et de la maîtriser afin de devenir
« invincible ». S’il ne la dompte pas, il sera l’esclave des Dieux et subira la force symbolique
du chêne comme il est rapporté dans le Kalevala. Dans son livre La Force des Celtes (Michel
Lafon, 1996), Philip Carr-Gomm nous rappelle qu’il existait une pratique chez ce peuple qui
consistait en un « échange » rituel d’énergie entre les arbres et les hommes. Le chêne étant l’arbre de la puissance, il était destiné en priorité aux guerriers. Ceux-ci entraient alors dans des transes
guerrières comparables à celles du héros celte Cuchulainn. Nous pouvons également rappeler
que Virgile décrit les premiers habitants des bords du Tibre, là où fut fondée Rome, comme des
féroces guerriers qui étaient d’une « race sortie du
tronc de chênes durs ». Autre forme de l’investissement de la force du chêne en l’homme, est celle que nous retrouvons avec saint Louis. Celui-ci rendait symboliquement
justice sous un chêne, afin de mieux recevoir cette capacité divine à trancher le juste du faux, l’acte de décision ne durant finalement que le temps d’un
éclair. Tous ces échanges expliquent également la forte identification de l’homme au chêne : le chêne était l’image du guerrier accompli et du sage, comme nous le verrons plus tard.
La force des femmes Le chêne était aussi symboliquement l’habitat
d’entités féminines : les Dryades et les Hamadryades. Dans la tradition grecque, ces
nymphes étaient liées à un chêne, et leur vie s’achevait en même temps que celui-ci : elles
étaient entièrement vouées au chêne qui leur était destiné. Au-delà d’un antagonisme apparent des symboles masculins/guerriers et féminins, il est possible de faire un rapprochement entre les
Dryades et l’entité que les Nordiques appellent la fylgja. Celle-ci était entièrement vouée à un
guerrier, de la même façon que la Dryade l’est au chêne, et constituait en quelque sorte le double de celui-ci. P.-G. Sansonetti définit la fylgja comme
« l’apparition d’une force ouranienne
étincelante » que le héros doit « posséder »comme Siegfried le fit de Brunhilde. Ainsi, les
Dryades peuvent-elles être regardées comme le pendant grecque de la fylgja, et ainsi représenter la force décrite plus haut, que le guerrier doit s’approprier. Mais cette association à des entités
féminines rappelle que le chêne, principalement au travers de ses fruits, fut également un symbole de fécondité. La femme conçue comme « matrice universelle » fut donc naturellement associée au
chêne. Le chêne fut donc l’incarnation d’une force divine ouranienne et fulgurante que le héros se doit de maîtriser. Il fut également l’image de la fécondité du monde. Mais son symbolisme ne
s’arrêtait pas là puisqu’il fut également symbole de sagesse.
L’arbre de la sagesse - L’arbre de la caste sacerdotale
L’arbre des prêtres Comme nous l’avons
vu, la société traditionnelle se divisait en trois castes dont les fonctions étaient
différentes au sein de la société. La caste temporelle était celle des guerriers (les
rois) qui trouvait le moteur de son action dans la caste sacerdotale. Cette dernière
était la véritable détentrice du savoir et de la sagesse, surtout pour les civilisations qui avaient une
tradition orale. Réputée d’origine divine, cette tradition remontait à la nuit
des temps et son respect semblait ne jamais pouvoir être remis en cause.
Elle était à l’image de ces chênes que nous décrit Jules César dans la Guerre des Gaules : d'origine
immémoriale et immortelle. Mais la caste sacerdotale ne se cantonnait pas uniquement à
l’exécution des rites : bien souvent, elle se mêlait à la bataille avec les guerriers. Elle associait donc
parfaitement le double symbolisme du chêne : la force et la sagesse. Il est intéressant à cet égard de rappeler que Pline dans ses Histoires naturelles, fait remonter l’origine du mot « druide » au grecdrus et que P. Carr-Comm la fait remonter au mot gaulois dervo qui signifie également « chêne».
Cette caste qui existait dans toute les peuplades d’Europe (les jarls germaniques, les nombreux
prêtres et prêtresses gréco-romaines, par exemple ceux de Dodone en Grèce, les druides gaulois,
etc.) développa particulièrement la symbolique du chêne, du fait même de sa fonction, et veilla à sa juste utilisation dans tous les rites et cultes.
Le culte Tous les prêtres officiaient en présence de chênes : la forêt faisait office de temple (les
« futaies-cathédrales ») pour les Germains qui consacraient des forêts entières aux seuls rites,
pour les Grecs qui consultaient les prêtres dans les chênaies de Dodone43 et officiaient coiffés de
couronnes de chêne, et pour les Celtes qui officiaient dans les nemetons, ces clairières
sacrées au milieux des forêts de chênes. Le gui s’ajoutait au chêne lorsque le symbole
imageait la sagesse. Quand le gui poussait sur le chêne (ce qui est assez rare), il
était considéré comme le « bois de la science
sacrée » que les druides récoltaient de façon rituelle,
comme le rapporte Pline dans ces Histoires
Naturelles (16, 249) : « Après avoir préparé un sacrifice au pied de l’arbre, on amène deux
taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu d’une robe blanche, le prêtre
monte à l’arbre, coupe avec une faucille d’or le gui qui est recueilli dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité de rendre ce sacrifice
profitable à ceux pour qui il est offert. ». Le chêne était le symbole de la sagesse du fait de sa
longévité : il est l’image du vieux sage. Le gui est plus précisément l’image de cette sagesse toujours verte, inaltérable, malgré le temps qui passe et la vieillesse de celui qui en est le porteur. Mais il est également lié à cette caste par le fait qu’il est le symbole de l’illumination divine.
L’arbre de la sagesse - L’arbre de l’illumination
L’illumination fulgurante
Comme le fait remarquer P. Carr-Gomm,
« Le chêne, souvent frappé par la foudre, s’est vu investir [chez les Celtes] de la capacité à
recevoir de soudaines illuminations divines. Il est donc un point de contact privilégié vers
l’Autre Monde ». Cette capacité à recevoir l’illumination divine n’arrive que lorsque l’homme a accumulé suffisamment de force en lui pour arriver à un point de rupture de la conscience
ordinaire. Le fait de se faire frapper par la foudre correspond alors à cette soudaine rupture
ontologique de niveau qui permet de rentrer en contact avec des vérités supérieures et divines.
Tous les rites antiques servaient donc à accumuler cette force pour parvenir à l’illumination. Ainsi,
dans la Grèce antique, à Dodone en Epire, existait un oracle de Zeus très célèbre. Les prêtres y
interprétaient le bruit du vent dans les feuilles de chêne et Ulysse y alla demander conseil avant de
rentrer chez lui en pays d’Ithaque. Ici les prêtres sont entourés de chênes pour favoriser cette
réception de la foudre divine et leurs visions leur permet de conseiller les hommes sur leur façon
d’agir dans le futur. Le chêne était donc à la fois un “outil” et un symbole des illuminations et des
visions divines.
Dans d’autres traditions, le même symbolisme existe sous une forme à peine différente : une source coule du pied d’un chêne, et le simple fait de boire l’eau de cette source apporte l’illumination et la vision divine du monde. Ainsi en est-il dans la tradition nordique, selon laquelle Odhinn but à la source de l’Arbre du Monde pour acquérir la
connaissance divine. Ce thème se retrouve dans le symbolisme alchimique, où le chêne joue un rôle prépondérant : il apparaît sous la forme du « Vieux Chêne creux », d’où sourd « un
ruisseaux d’eau vive » qui n’est pas une simple eau de rivière, mais l’eau de la « Fontaine
mystérieuse », celle que recherchent tous les alchimistes. C’est ce qu’ils nomment « l’eau
sèche », qui « ne mouille pas les mains », le précieux « dissolvant universel », indispensable à
la réalisation de l’oeuvre, de la vision divine, en un mot le « Mercure des sages ». Ainsi, Fulcanelli
révèle que « le vieux Chêne hermétique sert de mère au mercure secret », il est l’« athanor »
alchimique, que le Dictionnaire des Symboles définit comme « la matrice où s’opère la
gestation de l’or philosophal ». Ce symbolisme alchimique se retrouve dans toute la littérature
médiévale qui traite du Graal et dans laquelle il est souvent fait référence à la fontaine de Barenton
qui, selon J. Markale, se trouve au fond de la forêt de Brocéliande et qui coule au pied d’un
chêne. Le chêne symbolisait donc également, en matière de sagesse, un but à atteindre, un état à
découvrir qui apportait instantanément une illumination divine : il symbolisait le seuil vers le monde des Dieux.
Conclusion
Le chêne fut tout à la fois le symbole du cosmos et de l’axe du monde, de l’être, de la vie et
de l’immortalité. Mais il fut également l’arbre de la force du guerrier et de la force du sage. Pour
toutes les civilisations auxquelles nous avons fait référence, il fut perçu par tous les hommes comme un message divin, et sa symbolique était inséparable des Dieux et du sacré.
Dans un rite, chaque geste est d’une importance capitale et “contraint” les Dieux à nous
écouter. N’oublions pas ce qu’est le chêne quand nous jetons un rameau dans le bûcher pour la
gloire du soleil invaincu.
Hartmann Gauma
23 mars 2005
UN ÉTRANGE NOUVEL AN EN APPENZELL

Les Silvesterkläuse de la vallée d’Urnäsch
La région d’Appenzell située en Suisse
alémanique, au sud du lac de Constance
(Bodensee) est un véritable joyaux. Cela se
constate tant au niveau de son paysage de collines
parsemées ça et là de quelques fermes et où
culmine le mont Säntis (2503 mètres) dans le
massif montagneux de l’Alpstein, qu’au niveau de
la Tradition. En effet, elle y est encore vécue au
jour le jour, par l’ensemble des habitants (dignes
représentants de la race alpine), à travers des rites
et des coutumes qui ne sont que les survivances
d’anciens cultes païens. C’est dans la vallée
d’Urnäsch lors de la fête du Nouvel An que l’on
peut en être les vivants témoins.
La population de cette vallée regroupée dans
les villages d'Urnäsch, Herisau, Hundwil, Stein,
Waldstatt et de Schönengrund, célèbre 2 fois le
changement de l'année : le jour de la Saint
Sylvestre et le 13 janvier, date de la fin de l'année
dans le calendrier julien et que la population ne se
résolut pas à abandonner au profit du calendrier,
réformé en 1582, par le pape Grégoire. Ce n'est
qu'en 1798, lors de la proclamation de la
République Helvétique que tous les cantons
protestants adoptèrent finalement le nouveau
calendrier grégorien.
Dans cette douce vallée le temps semble s’être
arrêté…
Le cycle des fêtes de Noël, appelé des douze
jours, dans la croyance populaire commence à
Noël pour finir aux Rois, le 6 janvier. Ses nuits
sont riches d’énigmes et de mystères, de
révélations et d’échanges mystiques. Nous
sommes dans le coeur de l’hiver, au tournant de
l’ancienne et de la nouvelle année. La date du
solstice d'hiver, nuit la plus longue de l'année,
longtemps célébrée dans le monde paysan
(dernière incarnation de l’âme de l’Europe
païenne), vient de passer, mais nous ne sentons
pas encore le sensible allongement des jours. La
lumière solaire est à son plus bas degré. Nulle
chaleur ne s’annonce dans l’air. C’est le point
mort de l’année.
Les champs sont abandonnés à l’hiver, le
bétail enfermé dans la chaleur des étables, pendant
ces douze nuits le pays appartient aux dieux. C’est
pendant cette période de ténèbres, nuits de passage
et de transition entre la promesse du renouveau et
le monde des morts, dont la frontière est
perméable, que le dieu Odin / Wotan, dieu du
soleil et du printemps, manifeste aux mortels son
universelle présence. Dans les nuits lors de
sauvages bourrasques, on peut l’entendre galoper
avec son cheval à huit sabots, à la tête de la Chasse
Sauvage, terrible chevauchée des âmes des
morts…
C'est au matin de ce jour du 31 décembre que
nous étions tous rassemblés sur la place du village
d'Urnäsch. Dans cette nuit froide et claire de
l'hiver, sur cette place éclairée par les petites
lumières scintillantes et dorées des décorations de
Noël, agencées avec goût, nous attendions les
célèbres Silvesterkläuse, ces Nicolas du Nouvel
An. On peut d’ailleurs associer ceux-ci au culte de
la Saint Nicolas — célébrée encore de nos jours
dans les régions d'origine germanique — dont le
dieu Odin est l'incarnation, avec sa barbe, son
manteau et son bâton.
A 5 heures précises, nous fûmes plongés dans
le noir le plus total et dans les ténèbres les plus
profondes, un grondement se fit entendre toujours
plus présent, était-ce la Chasse
Sauvage d'Odin venant tous
nous emporter ? C'est dans ce
grondement toujours
grandissant qu'ils surgirent, de
toutes les directions, pour se
concentrer au centre de la place
du village et pour effectuer leur
danse rituelle dans un vacarme
assourdissant de sonnailles. Ils
étaient là, devant nous, les
fameux Silvesterkläuse, parés
de leurs plus beaux atours que
nous distinguions à peine.
Soudain, un silence
écrasant. Et après s'être
rassemblés en cercle, un doux
chant monta dans la nuit.
C'est le zäuerli qui sonne à
mi-chemin entre le jodel et le
cor des alpes, un chant
polyphonique, dépourvu de
paroles, utilisant la technique du
jodel (appelé dans cette région
le naturjodel). Il consiste en une alternance de
voix de tête et de voix de poitrine, en tenues de
notes longues. Chaque morceau peut durer de 3 à
4 minutes. Les zäuerli sont transmis oralement de
génération en génération. En général, ils sont
entonnés à tour de rôle par
différents interprètes. Le chant
d'accompagnement se nomme le
graadhäbe, un terme qui
désigne la mélodie modulée par
les basses et les ténors pour
accompagner le premier
chanteur (le vorzauer).
Les chants se suivirent,
émouvants, envoûtants, plus
beaux les uns que les autres,
telle une incantation. Puis à
nouveau le tintamarre de cloches
et de grelots se fit entendre, il
redoubla d'intensité, et, à peine
ai-je senti une présence auprès
de moi, aperçu une silhouette,
que les lumières de la ville
réapparaissaient et on se rendit
compte qu'ils n'étaient plus là.
Dès le levé du jour, nous
décidâmes d'aller à leur
rencontre, car ceux-ci sillonnent la campagne
enneigée de la vallée, de village en village et de
ferme en ferme, en lentes processions païennes,
longtemps condamnées par le clergé au cours des
siècles passés, constituées de groupes (appelés
Schuppel) de 6 ou 7 personnes et formés par
tonalité de chants. Ceux-ci suivent un parcours
précis et défini en fonction d'une stratification
sociale complexe et faite d’une véritable
reconnaissance et de devoirs de réciprocité.
Nous avons donc pu
rencontrer au hasard des
chemins, attirés par l'écho
profond des cloches résonnant
dans la vallée, tous les types de
groupes de Kläuse, et de tous
les âges : enfants, adolescents et
adultes, portant leurs fameux
costumes traditionnels résultats
d'un long travail de patience et
d'amour, confectionnés ou
restaurés, pendant les longues
veillées d'hiver.
Chaque groupe est constitué
de 2 porteurs de grelots —
nommés Rolli ou Rollenweiber
en rapport à l'instrument qu'il
porte — et de 4 ou 5 porteurs de
cloches de vache — appelés
Schelli ou Schellenklaus — qui
sont portées par paire et reliées
sur les épaules à l'aide de
bandes de cuir ou de laine,
pesant à elles seules une
quinzaine de kilos.
Chaque acteur s'inscrit dans un des trois types
de costumes de Silvesterkläuse.
On distingue tout d'abord :
les Waldkläuse ou
Naturkläuse (Kläuse de la
forêt, de la nature,
respectivement). Ils sont
appelés également dans le
langage populaire
Schöwüeschte : « les beaux
hideux ». Leur costume est un
véritable chef-d'oeuvre
d'ornementation. Il est
entièrement réalisé avec des
matériaux végétaux : foin,
paille, branches de sapin,
fagots, houx, gui, lierre,
écorces, mousse, lichen,
glands, coquilles d'escargots,
chardons argentés, copeaux de
bois et pommes de pins. Les
Silversterklaüse sont
généralement coiffés d’une
couronne réalisée uniquement,
elle aussi, avec des éléments naturels représentant
des scènes de vie populaire, ou plus simplement
d’une couronne de feuillage.
Détails d’un masque d’un Waldklaus ou
Naturklaus
Un jeune Naturklaus
4
On trouve ensuite, les Wüeschte
Kläuse (« les Kläuse laids »),
porteurs de masques ébouriffés de
démons effrayants, fabriqués à l'aide
de papier mâché, de dents de porc ou
de boeuf, d'os et de cornes. Ils sont
également vêtus, comme les
premiers, d'un costume réalisé
uniquement avec des matériaux
naturels, rehaussé de différentes
peaux de bêtes.
Sont ils des hommes? Sont ils
des bêtes? Ou même des buissons?
Non, ils sont tout cela à la fois : ils
incarnent l'esprit des forêts qui s'est
glissé en eux…
On distingue enfin les Schöne
Kläuse (« les beaux Kläuse ») dont
on peut différencier deux types.
On distingue d'une part les
hommes porteurs de cloches, coiffés
d'un chapeau plat, presque
rectangulaire, dont les côtés et la partie inférieure
sont garnis de milliers de perles de verre, de
cordons multicolores, de petits miroirs et de papier
argenté. Dans les niches des coiffes et sur la partie
supérieure des chapeaux, on représente des scènes
de la vie agricole avec des figurines soigneusement
sculptées et peintes. Le visage est
caché par un masque masculin
barbu (ne retrouve-t-on pas là
encore les attributs d’Odin?) qui,
auparavant, était le plus souvent
en cuir. Dans le trou de la bouche
est souvent fixée une lendauerli
noire, la pipe typique de la région
d'Appenzell. Une veste et des
knickers de velours, de couleurs
printanières (violet, rouge, vert et
bleu) et brodés d'argent, des bas
blanc et de lourdes chaussures
complètent cet équipement.
Le deuxième type de Schöne
Kläuse est féminin. Il est en
réalité “joué” par un homme,
compte tenu de la charge à porter
et des distances à parcourir dans
la journée. Il porte un chemisier et
un tablier ornés de dentelles,
corsage et jupe de velours et un
imposant harnais sur lequel sont
fixés 13 énormes grelots (4 sur la
poitrine, 4 sur le dos et 5 à la ceinture). La coiffe
imposante, qui est en demi-cercle, symbolise le
soleil invaincu. Elle représente aussi des scènes
d'intérieur ou de la vie populaire. Elle est de plus
surmontée d'éléments décoratifs. Quant au
masque, lui aussi en toile recouverte de cire, il
reproduit un visage féminin un peu naïf, maquillé
avec soin, et agrémenté, à la commissure des
lèvres, d'une fleurette.
Les Kläuse sortent les habitants de leur
sommeil par le brouhaha de leurs cloches et de
leurs grelots. Ce vacarme est destiné à chasser les
mauvais esprits de l'hiver. Il est déclenché, dès
leur arrivée dans les cours de ferme, par leur danse
qui est une alternance savante de petit sauts et de
larges balancements et marqué par quelques
ululements.
Ils s'immobilisent ensuite en cercle, appuyés
sur leur bâtons de coudrier, les mains
soigneusement enfoncées dans les poches de leurs
pantalons, et ils entonnent 3 ou 4 zäuerli,
commandés par le Vorrolli (le premier homme,
bardé de grelots) qui résonnent en écho dans les
montagnes environnantes.
Les terribles Wüeschte Kläuse
Des Schöne Kläuse
Les Schöne Kläuse en plein zäuerli
5
Les habitants,
adultes et enfants,
restent silencieux,
visiblement émus, sur le
seuil de la maison,
plantés devant ces
silhouettes inattendues,
écoutant celles-ci dans
un réel moment de
religiosité. A chaque fin
de chant, les sonnailles
résonnent de plus belle.
Le maître de maison,
coiffé d'un bonnet noir
de laine et d'un tricot
feutré, vient les saluer. Il tient dans sa main droite
un récipient en verre rempli de vin chaud ou de vin
blanc muni d'un fin tuyau qu'il introduit avec
précaution à la hauteur de la bouche, dans la fente
maquillée de chacun des masques, pendant que de
sa main libre, il glisse quelques pièces dans les
poches. Les libations terminées, un dernier chant
est entonné auquel, cette fois, peut se joindre le
maître de maison.
Une nouvelle salve de sonnailles termine la
visite. Le Vorrolli porteur de grelots, précédant le
reste du groupe, donne le signal du départ,
présente ses voeux, et garantit ainsi, par leur
passage, bonheur, santé et prospérité aux hommes
comme aux bêtes.
Ce scénario se poursuivra toute la journée. Le
soir venant, les dizaines de groupes regagnent le
fond de la vallée et poursuivent leurs prestations
vocales d'auberge en auberge jusque tard dans la
nuit. La fête conserve aux yeux des habitants une
importance considérable. Le touriste, l'étranger y
est considéré comme un importun car il risque de
troubler le rituel que les gens du lieu pratiquent
entre eux et pour eux-mêmes.
Pour chacun, la fête est chargée d'une
symbolique particulièrement riche et forte; elle est
ressentie par ceux qui y participent — acteurs ou
spectateurs — comme un véritable rite de passage
destiné à assurer, comme dans un passé bien
lointain, la pérennité de la collectivité.
Du fond des temps, cette fête des
Silvesterkläuse nous apparaît comme une partie
vivante et vigoureuse de notre patrimoine culturel.
Même si la forme du culte change, le principe
reste.
Le coeur du peuple reste toujours fidèle à son
Vieux de la Forêt.
En espérant que ces quelques lignes, vous
donneront à vous aussi le désir de venir arpenter
les sommets des collines bleutées et enneigées du
petit village d'Urnäsch.
Alors, tous à vos Bergames…
Pour aller plus loin :
La Terre helvétique, vol. 2, de H. Brockmann-
Jerosch, Neuchâtel (Suisse), éditions de la
Baconnière.
La Suisse en fête de G. Berger, Neuchâtel
(Suisse), éditions Avanti Club.
Les Alpes en fête, ouvrage collectif, Fédération
des coopératives Migros (Suisse).
Le magazine L’Alpe, numéro 10, intitulé « Les
fêtes d’hiver ».
Le magazine Maisons Côté Est, numéro 19, hiver
2003.
Et à écouter : Appenzeller Zäuerli dans la
collection de Marcel Cellier.
Photos de la dernière randonnée dans le Freiburgerland
07 mars 2005

Westerwald Lied (Chant de marche)
Heute wollen wir marschieren
Einen neuen Marsch probieren
|: In dem schönen Westerwald
Ja da pfeift der Wind so kalt. :|
Oh du schöner Westerwald
Über deine Höhen pfeift der Wind so kalt
Jedoch der kleinste Sonnenschein
Dringt tief in's Herz hinein.
Und die Gretel und der Hans
Geh'n des Sonntags gern zum Tanz
|: Weil das Tanzen Freude macht
Und das Herz im Leibe lacht. :|
Refrain:
Ist das Tanzen dann vorbei
Gibt's gewöhnlich Keilerei
|: Und dem Bursch' den das nicht freut
Man sagt der hat kein Schneid. :|
Refrain:
Si tu crois en ton destin,
Si tu crois aux lendemains,
L'ami faut pas hésiter,
Prends ton sac et viens marcher!
Avec nous tu pourras chanter,
Tu pourras être et durer.
Pour aimer et pour servir,
Y'a pas deux moyens de trouver tout ça,
Pour toi sans aucun doute,
Viens chez les Oiseaux!
Si tu as l'dégoût d'la ville,
Du bourgeois, du monde futile,
L'ami faut pas hésiter,
Prends ton sac et viens marcher!
Avec nous tu pourras chanter,
Tu pourras être et durer.
Si tu aimes fouler les pistes,
Si tu veux quitter les tristes,
L'ami faut pas hésiter
Prends ton sac et viens marcher!
Avec nous tu pourras chanter,
Tu pourras être et durer.
Si tu retournes au pays,
Si tu vas revoir ta mie,
Pour nous tu lui conteras
Nos chants, nos rires et nos joies.
Mais qu'elle t'attende ou qu'elle t'oublie,
Pense bien à tes vrais amis!



















